25.01.2010
Don't forget
Un pays où l'espoir se résume souvent à "J'espère trouver de quoi manger..." est à nouveau frappé par une catastrophe horrible.
Il est merveilleux de constater la mobilisation de la solidarité mondiale pour venir en aide à ceux qui n'ont plus rien.
Mais le travail ne s'arrêtera pas là.
Il y a quelques mois, ce modeste blog rendait hommage au travail de la photographe Alice Smeets.
N'oubliez pas cette image.
Pensez-y même quand le tsunami médiatique séismique sera passé.
Chaque instant, chaque pas, chaque geste, chaque don compte pour avoir un monde meilleur pour tous.
21:47 Publié dans amour | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : haïti, alice_smeets, solidarité, reconstruction
21.01.2010
Where the cat's lives end
Il m'arrive de penser que je mène plusieurs vies à la fois. Pas que je serais schizophrène ou meneur d'une double vie. Non. Juste l'impression que le seul point commun entre un ensemble de situations que j'ai vécues ou que je vis s'avère être mon-petit-moi sans que ceux qui partagent l'une ou l'autre facette de cette existence aient un autre point commun ou se connaissent. Ils sont tous totalement dissociés les uns des autres. M'explique.
Professionnellement je suis essentiellement en charge d'une entreprise. Cette activité a plusieurs composantes allant de la gestion opérationnelle aux questions de lobby suppranationale en passant par la stratégie, la planification financière et la croissance extérieure. S'y ajoute des interventions à des conférences onusiennes où on me prête le rôle d'expert. Peu importe le domaine mais c'est assez caméléon quand-même et peu de collaborateurs ou de parties prenantes extérieurs savent que je mène plusieurs agendas à la fois. A la boîte, ils me voient comme un meneur de budgets et leurs réalisations ainsi que l'organisateur de l'ensemble. En dehors de la boîte, on me voit comme un financier spécialisé dans les opérations de M&A ou de hauts-de-bilan. Aux conférences, je suis une sorte de "docteur" en sciences appliquées qui maîtrise parfaitement les tenants et aboutissants économiques, juridiques et scientifiques des problèmes de survie auxquels notre planète est confrontée. Cela m'amène à être continuellement en contact avec une belle faune allant de l'idéaliste appartenant à l'une ou l'autre ONG tiersmondialiste à des banquiers goldmansachsiens en passant par des hommes d'affaires aiguisés, des hauts fonctionnaires et des dirigeants d'états ou d'entreprises.
M'occupe activement de la coopération au développement. Ce n'est pas directement lié à mon travail professionnel mais ce dernier me permet d'être présent dans des pays ou dans des forums où des questions de survie, d'éducation, d'inégalité ou de pauvreté se posent d'une manière aigue. Mon temps libre en dehors de l'Europe est donc voué au travail de volontaire.
Ma vie privée est totalement dissociée de mes activités professionnelles. Je suis d'ailleurs rarement à la maison. Cela étant, quand je ne bosse pas au sens formel du terme - autrement dit quand je ne suis pas payé pour - je consacre l'essentiel de mon temps européen à mes enfants. Ils partagent les mêmes passions que moi sur le plan sportif - le ski alpin, le golf et le hockey (où je ne suis plus qu'un coach après avoir remporté quelques titres du temps où j'étais physiquement plus jeune...). Au niveau de leurs études, ils ont la fibre du juriste économiste qui adore les sciences et les mathématiques. Une combinaison plutôt rare. Cela doit être génétique. Sans vantardise. C'est un constat.
Au niveau de la vie conjugale, cela fait plusieurs années que mon épouse et moi n'avons plus de rapports intimes, que nous couchons rarement sous le même toit et, si jamais tel était quand-même le cas, dans la même chambre. Le seul vrai ciment sont nos enfants. Ils ne nous ont pas choisi mais nous devons assumer - nous le faisons bien volontiers et ils nous le rendent bien. Du côté de mon épouse, il y a aussi ce comportement un tantinet bourgeois qui consiste à gérer la façade, les apparences du couple parfait. C'est une sorte de modus vivendi. Un contrat à durée déterminée le temps que les enfants volent de leurs propres ailes et que je l'indemnise au moment de la séparation définitive. Elle pourra poursuivre sa vie sans restrictions matérielles par rapport à sa situation actuelle. Que son amant en profite, m'en fous éperdument. Je me contente de peu de choses (contrairement aux apparences).
Puis il y a celle qui fait ma joie et mon moteur de vie. Je l'ai rencontrée dans un pays lointain alors que je sortais d'une cruelle déception. Vu de l'extérieur, nous sommes plein de contrastes frappants: elle est noir chocolat, je suis blanc de blancs. Elle est originaire d'un des pays les plus pauvres, je suis ressortissant d'une des régions les plus riches. Elle est jeune, j'ai dépassé mon demi-siècle. Elle est très grande et très belle, je suis normalement constitué. Elle parle le Portugais, le Créole, l'Anglais et un peu de Français. Je suis polyglotte mais je maîtrise à peine le Portugais et je ne connais rien au Créole à part quelques bribes empruntées aux chansons de feu Carlos. Elle est étudiante vivant dans un studio de 16m², j'étais un prof extraordinaire (c'est le terme pour un prof qui tient une chaise temporaire sur invitation à une université) vivant dans des "propriétés". Elle est une reine de la Samba. Ma carrière de danse s'est étalée par terre quand j'ai marché sur les pieds d'une princesse SAS pendant une valse d'ouverture de bal. Elle adore Gilberto Gil et même si je commence à l'apprécier, je suis plutôt Editors.
Ce qui nous unit? Une vie de solitaire pendant 300 jours par an que nous supportons parce qu'il y a l'Amour pour le restant.
Ce qui est curieux, c'est que toutes ces choses de la vie me paraissent souvent dissociées. Il n'y a qu'une seule personne qui connait plus ou moins tous ces méandres et c'est ma soeur. J'ai beaucoup de connaissances et quatre d'amis. Parmi ces derniers, aucun ne sait TOUT. D'ailleurs s'ils savaient tout, je ne pense pas que j'aurais encore d'amis/
J'écris tout cela je ne sais pourquoi. Une chose est certaine. J'ai entamé 2010 avec ce genre de résolution que l'on prend d'habitude pour entamer l'année. Bientôt il n'y aura plus de vie dissociée. J'ai décidé de cesser les vies multiples que l'on prête aux chats. Je ne veux plus vivre qu'une seule vie.
Le Lynx n'aura plus de raison d'être.
FIN (du billet)
23:28 Publié dans Divagations | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
13.01.2010
It has been a while since we last met.
Catherine me tenait par la main. Le vent glacial ne faisait qu’amplifier la désolation de l’endroit. Ils avaient enlevé la fine couche de neige de la parcelle où ils étaleraient les cendres de mon cousin. Nous n’étions pas très nombreux pour assister à ses obsèques. Ses parents et bien des oncles et des tantes l’avaient déjà précédé. Ils reposaient à quelques mètres de là dans le caveau familial.
La présence de Catherine m’avait étonné. Je ne l’avais plus vue depuis une dizaine d’années lorsque mon cousin et elle ont divorcé. « Je suis venu parce que malgré tous ses défauts, je l’ai aimé et il est le père de mes enfants. »
Elle est toujours une très belle femme. Nous avons été complices en découvrant que sa mère, veuve, et mon père, marié, étaient amants secrets depuis longtemps. C’était il y a trente ans. J’en voulais à mon père et pendant de longues années, je ne lui ai plus adressé la parole. Cela aussi, c’est du passé. Mon père en a souffert. Sa maîtresse est morte d’un cancer. Il a dû absorber ce deuil en solitaire ne pouvant soulager sa douleur auprès d’un proche. Catherine et moi, nous savions. Mon père a veillé sur elle et ses frères devenus jeunes orphelins. Il avait été généreux envers eux, qualité que je lui refusais d’exercer envers moi du temps où j’avais coupé tous les ponts.
Catherine a rencontré mon cousin à une petite fête – une « boum » organisée par ma sœur pendant les vacances d’été à la côte. Ils formaient un beau couple. Un avenir radieux se profilait pour eux. Mais le diable s’est insidieusement emparé de leur bonheur. Ce diable s’appelle l’alcool. Malgré des cures de désintoxication, il n’a pu résister au whisky. Il en est mort le jour de Noël. Une délivrance. Si non il aurait sombré dans la démence.
Après le déversement des cendres, nous nous sommes rendus à l’appartement de mon cousin dans le vieux centre ville. Un bel endroit. Beaucoup de tableaux. Il appréciait l’art moderne. Elle regarda sa photo posée sur la cheminée. « Il était beau. C’est cette photo que je préfère. » A ses pleurs discrets a succédé un sourire. Nous avons évoqué nos nombreux souvenirs de jeunesse.
Je ne sais pas si je la reverrai un jour, cette femme avec qui je partageais un secret qui nous a marqués tous les deux. La vie, malgré la discorde et les haines qui ont pu nous animer, reste un long fleuve tranquille. Dommage qu’il faut s’approcher de l’estuaire pour voir plus large et se rendre compte qu’il n’y a que l’Amour qui nous empêche de sombrer.
« Goodbye Catherine, take care. »
00:18 Publié dans amour, Réflexion, Rupture, Souvenir | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note


