04.12.2009

Fast Walk

Après le fast food et le fast love, il y a le fast walk: une manière de découvrir une ville en une promenade de moins de 45 minutes, de prendre quelques clichés à la japonaise, faire un petit commentaire question de donner l'air de se cultiver et puis retour à l'hôtel pour bosser. Ben oui, c'est pour cela que je suis à Mexico City.

Je vous invite à me suivre.

Il y a cette façade d'un supermarché qui tente d'immiter celle des Galeries Lafayette. C'est pas aussi féerique mais c'est plus sympathique à l'approche de Noël. En plus il y a un soleil agréable. Il fait 26°. C'est vrai qu'il n'y a pas de neige mais bon, il y a quelques marchands de glace pour compenser.

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A côté, la belle cathédrale. En vrai, les travaux de restauration gâchent la vue ainsi que le trafic infernal. Mais comme cela ne se voit pas sur la photo, j'ai décidé de la publier.

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Ils sont plus tolérants que chez nous ces chicos. Le port d'une burkha qui ne cache pas le visage, est toléré. Peut-être une exemption à prévoir dans le projet de loi interdisant son port.

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 Je - et si vous parvenez toujours à me suivre - nous tombons sur une crèche de Noël qui confirme qu'ils sont vraiment tolérants. Joseph est décidemment gay.

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Partout au monde, l'amour c'est beau. Il rend aveugle aussi mais ça, ils s'en foutent et tant mieux pour eux
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La seule belle femme que nous aurons vue, était sculpturale. Je pensais qu'elle s'appelait "Jouissance" mais en mettant mes lunettes, je vois qu'elle s'appelle "Douleurs". J'aurais dû le savoir car ici, elles s'appellent tout le temps "Dolores" (NDA: parfois précédé de Maria).

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Les historiens ont toujours cru que les Aztèques sont mort de la grippe espagnole. Plus récemment, certains affirment que c'était à cause de la grippe mexicaine. Ils ont tout faux. Je vous dis que c'est la constipation qui les a fait disparaître. Suffit de bien observer pour comprendre.

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Cirage de chaussures: 100 Pesos. Finition en bouche: + 100 Pesos. Avouez que ce n'est pas cher.

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J'aime bien cette oeuvre d'art moderne. En vrai, on dirait un cortège de fantômes. En photo, ça ne donne presque rien. Pas le temps de trouver un bon angle. C'est un fast walk après tout. 
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Nous croisons la n-ième manif de la journée. Selon la police, pas plus de 100 manifestants sans compter la police car police comprise, ils sont trois cents d'après moi. Un pays de rêve selon Sarkozy.
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Voilà. Retour à l'hôtel "Sheraton Centro Historico". Pas la peine de le prendre en photo puisque demain il change de propriétaire pour devenir un "Hilton". Rien à voir avec Paris. D'ailleurs Paris Sheraton n'existe pas. Il y a pas photo.
Sur ce, vu le décallage horaire, je vous souhaite une bonne poursuite de vos rêves alors que moi, je retourne bosser. Z'en avez de la chance.
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19.11.2009

Snapshots

Une lectrice fidèle m'a envoyé un courriel me demandant pourquoi je ne renoue pas avec les p'tites histoires qui alimentaient mes anciens blogs qui, selon elle, étaient toujours fort plaisants à lire et à commentarier.

Son message peut se lire de deux façons: soit mes anciens blogs plaisaient plus, soit l'actuel plait moins. Vous allez me dire que cela revient au même. Pourtant, malgré l'apparence, il y a de la nuance dans cette différence.

Avant, j'écrivais pour parfaire mon français et accessoirement pour faire passer le temps quand je rentrais tard le soir chez moi à l'hôtel. C'est vrai que mes anciens blogs avaient un certain succès avec quelques centaines de visiteurs par jour. J'avais conquis un petit public et le fait que ma plume d'étranger plaisait aux lecteurs et lectrices ayant une identité nationale, oui, cela me faisait plaisir. Jusqu'au jour où j'ai été contraint d'arrêter pour cause d'identification et dénonciation de mes activités privées en périphérie de mes voyages d'affaires. Du coup, l'envie et le plaisir d'écrire ont été amputés.

Aujourd'hui, lire me convient mieux qu'écrire comme activité de détente. Ce blog-ci est redevenu accessoire au point que j'oublie parfois son existence. L'absence de liens souligne qu'il se suffit à lui-même et qu'il n'a d'autres intentions que de capter de temps à autres mes réflexions diletantes du jour. Pourtant, sur le plan professionnel, je n'ai jamais été aussi prolifique en captant l'attention d'un certain public. Mais il s'agit-là de sujets et d'enjeux beaucoup plus techniques et sérieux qui feraient fuire les non-initiés. Ayant toutefois alimenté un blog, ma plume professionnelle s'est elle aussi aiguisée me permettant de mieux capter un public fait d'experts, de fonctionnaires supranationaux et de personnages politiques. Comme quoi, rien n'est jamais perdu.

Si non, pas grand'chose à vous raconter même si l'idée de publier un livre commence à se réaliser mais ce ne sera pas pour le rayon fiction.

Je suis donc devenu beaucoup plus sérieux qu'auparavant. La preuve:

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Sur ce, je dois vous laisser. On m'attend pour une conférence internationale comme key-note speaker. Incognito. La preuve:

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;-)

 

 

 

09.11.2009

Classified

Région de Kassel (Allemagne), septembre 1988 – La manœuvre de l’OTAN « Golden Crown » touche à sa fin. Plus de 300.000 soldats US, britanniques, allemands, hollandais et belges étaient déployés sur la rivière Weser dans le plus grand exercice militaire depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Près de 20.000 véhicules militaires dont un tiers venus directement des Etats-Unis.

 

Ce fut un « Big Success » selon le commandant en chef.

 

Des années plus tard, je me souviens. Nous pensions que le Rideau de Fer était fait pour rester à moins qu’un jour, le camp ennemi déciderait de le franchir pour envahir l’Europe de l’Ouest. Ce que l’histoire ne dira pas [encore], c’est que des incursions dans l’autre sens ont bien eu lieu. Evidemment, c’est « classified » et ce qui est décrit ci-après ne sera rendu publique qu’en septembre 2038.  

 

L’unité multinationale dont je faisais partie comme « rappelé », dénotait à la fois par son nouvel uniforme bariolé aux couleurs d’automne mais également par sa mission « réelle ». Nous ne jouions pas comme notre rôle consistait à évacuer des combattants isolés en terrain ennemi : il pouvait s’agir d’un pilote abattu, d’un agent de renseignements, d’une unité de commandos ou d’un blessé grave en terrain hostile. J’ai toujours détesté le service militaire obligatoire mais je reconnais que j’adorais ce type de mission non seulement pour son côté aventure mais aussi parce qu’elle demandait énormément de préparation, de précision, d’action furtive et de diversion, de technologie et de coordination. Quand l’ordre de récupérer un ou des « isolated soul » parvenait à notre unité, généralement une équipe de six personnes décollait dans un hélico US immense – un Joly Green Giant, « JGG ». C’était grisant surtout que nos zones d’intervention se trouvaient parfois au-delà du Rideau de Fer… . Je passe le détail sur nos moyens technologiques pour repérer la cible et pour empêcher les défenses ennemies de nous repérer comme cible – ce qui pouvait s’avérer très gênant - à notre tour. Inutile de préciser pourquoi nous ne « jouions » pas. Se faire prendre revenait à ne plus revoir ses proches pendant quelques années. Dans le meilleur des cas.

 

Si la cible était un blessé grave, pas le temps d’improviser non plus. Il fallait sauver une vie humaine. Pas question de « jouer » au soldat.

 

Le dernier jour de la manœuvre « Golden Crown », nous devions récupérer un commando allemand qui avait eu une mission de reconnaissance secrète dans l’arrière-pays ennemi. Le lieu du rendez-vous nocturne se trouvait à plus de cents kilomètres à l’intérieur de la RDA. C’était risqué comme le Pacte de Varsovie était lui aussi en alerte maximale si jamais la manœuvre « Golden Crown » débordait au-delà du Rideau de Fer. Notre équipe était composée d’autant de nationalités que de pays participant à l’exercice. C’était tous des spécialistes militaires hyper-entraînés sauf moi. En cas de pépin – lisez « capture », je devais donner à notre mission un caractère « d’exercice » et faire croire à notre adversaire pendant la Guerre Froide que nous nous étions égarés. Un « rappelé » du civil comme moi servait d’alibi. Humm.

 

L’hélico avançait dans la nuit. L’officier navigateur venait de repérer le signal du commando isolé: « Ça y est, je l’ai. RV dans un peu moins de sept minutes». Il fallait s’accrocher dans tous les sens du terme : nous devinions à peine le paysage nocturne qui défilait à toute vitesse sous le JGG fonçant à plus de deux cents kilomètres à l’heure en rase-mottes entre les arbres… Nos systèmes avaient bien fonctionné : nous nous posions en lisière de bois au lieu prévu. Une surprise nous attendait. Le commando était bien là mais… il n’était pas seul. Avec lui, un jeune couple et un bébé : « Emmenez-les également ! ». L’équipe se tourna vers moi : « Pouvons-nous faire ça ?!! ». « C’est strictement interdit ! Nous ne sommes même pas sensés d’être là… » Le commando allemand m’interpella : « C’est mon cousin. Il veut un avenir pour sa famille. L’abandonner maintenant revient à les condamner à mort ! Ils crèveront tous.» Je ne pouvais appeler le QG par radio au risque de nous faire repérer et de déclencher un incident diplomatique majeur. Un de nos gars sortit l’argument qu’il fallait « Tu n’es pas un militaire, juste un gars de la réserve. Alors quel risque prends-tu ?  Moi, je te dis qu’il faut les emmener avec nous. »

 

A quatre heures du matin, l’hélico se posa à l’aéroport militaire US de W***. Le commandant nous attendait sur le tarmac : « Bien joué les gars. Mission réussie. Capitaine Nemo, venez avec moi pour le debriefing. »

 

Dans la Jeep qui nous conduisait au Mess, le commandant se tourna vers moi : « J’avoue que j’étais fort inquiet et qu’en réalité, je suis loin d’être satisfait. Pourquoi vous vous êtes posés près de Giershagen en RFA, sans annoncer cet arrêt au QG ? »

 

« L’hélico a raflé quelques branches d’arbres. Le pilote voulait les enlever pour qu’elles ne rentrent pas dans les bouches d’aspiration des turbines. »

 

-« Ah bon ? Rien que ça ! Cher ami, une section d’arbitres[1] a vu l’hélico se poser dans un champ non autorisé[2]! La mission devait être secrète ! »

 

« Tant que ce n’étaient pas les Soviets qui nous aient repérés, je ne vois pas où est le problème, mon commandant. »

 

«Ah vous les réservistes. C’est toujours pareil. Jamais sérieux. Bon. Oublions cela mais la prochaine fois, vous perdrez vos gallons. »

 

Après le débriefing, je rejoignis l’équipe au Festhalle pour fêter la fin de la manœuvre. Plus de trois cents officiers des pays participants étaient là. La bière coulait à flots. A un certain moment, un jeune lieutenant allemand s’avança vers moi : « Capitaine Nemo ? »

« Oui ».

« Je suis le lieutenant Otto N***, Bundesheer. Vous me reconnaissez ? »

« Ah, vous voilà. Sans votre camouflage de singe bariolé, vous me paraissez plus sympathique ! »

« Je voulais vous remercier de la part de mon cousin.»

« Quel cousin ? »

« Je vous ai exposé, vous et votre équipe, à d’énormes risques.»

« Je ne connais pas votre cousin et je ne sais pas de quoi vous parlez. »

« Je voulais juste vous dire qu’ils sont tous sains et saufs. Ils ne vous dénonceront pas. Ils sont maintenant chez moi à Giershagen.»

« Comment avez-vous su que cela se passerait ainsi ? Nos interventions ne sont pas annoncées… »

« Vous avez vos secrets. J’ai les miens. Je ne peux pas vous expliquer comment nous nous étions organisés pour être au rendez-vous. Mais je tenais à vous remercier au nom de toute ma famille. Mon pays est divisé. De l’autre côté, des Allemands comme moi, souffrent. Vous et vos hommes, vous venez d’en sauver trois. Cela ne s’oublie pas. Encore merci. »

 

Mon équipe qui suivit la scène, était devenue silencieuse. Le jeune lieutenant nous salua et partit. Je ne l’ai plus jamais revu.

 

Un an plus tard, je regardais les images de la chute du mur de Berlin en direct à la télé. Je n’ai jamais eu beaucoup de sympathie pour les Allemands mais là, je n’ai pas su retenir mes larmes.

 

  

 

 

 

 

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[1] Militaires chargés de contrôler le déroulement de la manœuvre.

[2] Lieu qui n’était pas repris dans la zone officielle des manoeuvres