23.06.2009
Dernière Dépêche...
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10.06.2009
Lignes de vie
Ma jolie partenaire et moi avions atteint la finale double mixte du tournoi de tennis de Bournemouth. Les journaux locaux avaient publiés nos photos avec des commentaires assez élogieux : « Des jeunes de quinze ans en finale ! » C’est que les British, malgré tous leurs (nombreux) défauts, adorent le sport et ne sont jamais avides de compliments envers ceux qui réalisent une performance sportive. Pas que la nôtre était exceptionnelle. C’était plutôt notre jeune âge que notre jeu qui avait impressionné.
Je dois reconnaître que notre adversaire en demi-finale avait été mis à moitié « KO » par un smash de ma partenaire droit sur le sexe du gars d’en face. Le match fut suspendu pendant dix minutes le temps qu’il retrouve ses aises et que tout se remette en place…
Fabienne, ma partenaire, était restée impassible, soupçonnant à peine ce qu’a dû sentir notre adversaire : «Tu as vu comment mon smash a gagné en précision?». Heureusement que les Anglais ne parlent pas français… Notre adversaire subit une lourde défaite, le gars étant devenu beaucoup trop crispé en montant au filet.
Le dimanche de la finale, le soleil était au beau fixe. La finale simple Messieurs venait de se terminer. Un très jeune Suédois l’avait gagnée. Il s’appelait Bjorn.
L’on pourrait croire que le stade se viderait, l’intérêt pour une partie double mixte n’étant pas aussi grand. Eh ben non ! Le public voulait absolument voir le match des jeunes joueurs venus du Vieux Continent opposés à un couple britannique aguerri. Quelques-uns de nos amis étaient venus avec notre drapeau tricolore pour nous encourager.
Avant que le match débuta, Fabienne attira mon attention sur un personnage plutôt excentrique : « Regarde ce type tout en noir en haut des gradins. Il me fait peur ». «Concentre-toi sur le match. En Angleterre, tu trouveras toujours des excentriques. » C’est vrai que le type était plutôt bizarre : avec son chapeau et son costume noirs, difficile de ne pas le remarquer au milieu de cette foule estivale multicolore sous un ciel éclatant.
La partie fut très serrée mais nous devions nous incliner devant l’expérience de nos adversaires trentenaires. Fabienne était toute déçue : « Pff ! Je ne sentais ni mes services ni mes smashs. » « Heureusement pour la descendance de notre adversaire... » Pensai-je.
J’étais content d’avoir joué la finale et je garde un excellent souvenir des encouragements par le public anglais chaque fois que nous marquions un point. Après la remise des prix, je me dirigeais avec Fabienne et quelques-uns de nos amis ainsi que ma sœur vers les vestiaires. « Hé Nemo, tu vois le type en noir ? Il continue de nous observer depuis la terrasse du clubhouse ! » Fit Fabienne. Effectivement, il avait l’air de nous attendre.
«C’est qui ce type?»
Comme il voyait que sa présence nous interpellait, il descendit de la terrasse et se présenta : « Bonjour les jeunes prodiges. Je m’appelle Jack. Pour vous remercier de votre belle performance, accepteriez-vous que je lise votre avenir dans votre main ? »
Nous nous regardions d’un air incrédule mais cela n’empêcha pas Fabienne de tendre sa main.
« Vous aurez un bel avenir, très équilibré, un mariage d’amour et beaucoup d’enfants ».
« Comment, beaucoup d’enfants ?? » Rétorqua-t-elle.
Evidemment que tout la bande d’amis éclata de rire et lança toutes sortes de platitudes inhérentes à notre jeune âge: « Fab et des mômes ?? Elle ne sait même pas comment les faire… », « Ce ne sera pas en envoyant un smash dans les roupettes… », « Fab, rendez-vous au vestiaire dans deux trois ans quand tu seras un peu plus… hmm… développée ! »
Fab s’en foutait de nos remarques. Toujours est-il, qu’aujourd’hui elle est maman de… Six enfants !
Ma sœur présenta sa main.
Jack regarda la main et suivit les lignes avec son index. Il avait l’air d’hésiter. Nous devenions tous silencieux : « Vous connaîtrez des amours tourmentés. Il vous faudra du temps avant de rencontrer l’homme qui saura vous combler. Ménagez-vous. Vous aurez à affronter une période difficile sur le plan de la santé mais cela s’arrangera… Faites attention en voiture. Je vois un accident…»
« Vous n’avez rien de plus drôle à me raconter ? » Fit ma sœur en retirant sa main. « Foutaises tout cela ! »
Malgré la remarque de ma sœur, j’avançais ma main à mon tour. Jack l’observa et prit son temps avant de parler : « Extraordinaire… J’ai rarement vu une main pareille… Il n’y a aucun doute, un avenir radieux et inhabituel vous attend. Vous aurez une belle carrière et vous verrez le monde entier. C’est sûr, un jour, vous ferez parler de vous… En bien, je précise. »
« Et en amour, cela donne quoi ? » Demanda ma sœur. Jack lui répondit : « Il connaîtra deux grandes déceptions mais elles s’effaceront devant l’amour qu’il découvrira un jour dans un pays lointain. »
Ma sœur n’arrêtait pas de le questionner : « Il y aura des enfants ? »
« J’en vois plusieurs. Ils adoreront votre frère. »
« Comment savez-vous que c’est mon frère ? »
« Je ne lis pas que la main… Maintenant, il faut que je parte. Au revoir, les enfants. » Et il partit tranquillement vers la sortie du club de tennis. Avant de s’engager dans la rue, il se retourna et me fixa : « One day, you’ll remember what I told you. Extraordinary destiny. Live up to it young friend ! » Et il disparut.
Des années plus tard, je rendis visite à ma sœur admise en urgence pour cause de tumeur maléfique.
« Nemo, tu te rappelles ces vacances à Bournemouth et les prédictions de cet homme en noir au club de tennis? »
« Jack ? »
« Je vois que tu t’en souviens. C’est drôle, avec tout ce qui m’est arrivé, j’y pense souvent. Il ne s’est pas trompé. Il y a eu tous mes amours, les uns plus compliqués que les autres. Puis cet accident en Afrique du Sud… Et puis ce cancer… Heureusement, que toi et mon mari, vous êtes là.»
« Alors tu sais que tu t’en sortiras. Courage ma joli sœur. »
« Je sais qu’en ce qui te concerne, il ne s’est certainement pas trompé. »
Je n’ai pas voulu lui répondre.
Pas encore.
Le temps viendra.
20:03 Publié dans amour, Réflexion, Souvenir | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : main, chiromancie, destin, maladie, amour, vie
03.06.2009
Paradoxes
Quelques faits de l’actualité :
D’abord la catastrophe du vol Rio-Paris qui a coûté la vie à 228 êtres humains.
Les pauvres.
Le prix du billet varie entre 540 € et 7000 €.
Les moyens mobilisés pour retrouver les débris avoisinent les deux millions d’€.
La perte de l’appareil A330 et l’indemnisation des victimes coûteront près de 600 millions d’€.
Une messe de commémoration a eu lieu cet après-midi à la cathédrale Notre-Dame à Paris. Un message de condoléances du pape a été lu.
Le chef de l’état français et des membres du gouvernement étaient présents.
Difficile de chiffrer ce qu’aura rapporté aux médias et à la classe politique toute la médiatisation de cet accident.
Ensuite :
« 400 millions de personnes en Asie du Sud (Afghanistan, Sri Lanka, les Indes, Bangladesh, Les Maldives, …) crèvent de faim. L’Unesco et les Nations Unies appellent à l’aide… » (*)
« Le revenu moyen d’un habitant de ces pays est de 400 dollars par an… »
Et puis :
« Un ministre de Guinée au salaire officiel de 4000 dollars par mois, a acheté en 2006 une villa de 34 millions de dollars à Hollywood pour ne pas mentionner la Bugatti qu’il s’est achetée à Paris et les nombreuses propriétés qu’il possède en Afrique du Sud, en France, … Il a 38 ans. En Guinée, la mortalité enfantine est de 98 sur 1000. Etc. » (**)
Pour finir.
"Un attentat à la bombe a tué près de 100 personnes en Afghanistan".
Réflexions:
La mort et le malheur n'ont pas le même prix ni de valeur médiatique.
Le monde est cruel et notre indifférence tout autant quand l’évènement n’a pas un côté spectaculaire qui attire les médias et leur corollaire fait d’hommes politiques voulant occuper les devants. Juste parce qu'ils savent que l'émotion suscite l'attention des spectateurs.
Si notre époque doit porter un nom, appelons-la l'ère de l'émo-culture.
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(*) International Herald Tribune, 3 juin 2009, en bas de la page 6 – traduction)
(**) Idem, éditorial.
23:44 Publié dans Réflexion | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : af_447, médias, pauvreté, famine, indifférence, émoculture












