01.10.2009

Fait divers

Ce matin au bistrot où j’ai l’habitude de prendre mon petit-déjeuner, un fait divers dans Le Parisien m’interpelle lourdement. Soudainement, je me retrouve trente huit ans en arrière et je m’en souviens comme si c’était hier.

 

J’adorais ma tante. Quand j’étais petit, elle me prenait par la main pour découvrir le beau jardin arboré qui entourait sa maison. C'était une très belle femme, douce, souriante et attentive, un peu effacée.

 

Mon oncle, sous ses airs austères de magistrat et de professeur en droit, faisait un peu son contre pendant avec sa personalité très présente. Mais c’était un homme sensible avec beaucoup d’humour. Fils de ministre, il n’en ratait pas une pour vouer au diable le monde politique.

 

Leurs trois enfants, une fille et deux garçons, étaient mes cousins préférés. Ils étaient beaucoup plus âgés que moi mais comme je passais souvent des séjours plus ou moins longs chez eux pendant que mes parents étaient partis à l’étranger, nous étions devenus très proches.

 

Mon oncle était également un romancier intimiste assez connu de la littérature néerlandaise. Il fut un des premiers auteurs de souche catholique à décrire avec beaucoup de sensualité tout l’amour qu’il éprouvait pour sa femme dans ses romans à forte empreinte autobiographique. 

 

Un drame effroyable a mis fin à cet amour parfait et déchiré le cœur de nous tous.

 

Un détraqué sexuel purgeait une peine de quatre ans ferme pour cause de viol d’un mineur. Un weekend, pendant un congé pénitentiaire, il a sauvagement aggressé ma tante qui se promenait dans le bois avoisinant sa propriété. Son corps fut découvert la veille de Noël par mon cousin aîné. Selon le médecin légiste, elle a dû encore se traîner sur une dizaine de mètres avant de succomber à ses blessures. Violée et quarante-six coups de canif.

 

Avant elle, il y a eu une fille de dix-huit ans. Après elle une autre victime de trente quatre ans.

 

La justice n’a donc rien appris.

 

Le Parisien de ce matin m’apprend qu’une joggeuse de quarante deux ans a été  assassinée par un violeur libéré. Je n’ai pas su terminer mon café et suis sorti en larmes.

En lisant le drame qui est arrivé à cette femme que je ne connais pas, j'éprouve une douleur semblable à celle qui m'a ravagé il y a presque quarante ans. Je pense aux proches de la victime qui eux aussi...

 

Mon oncle est décédé depuis quelques années. Mes cousins ont été marqués à vie. L'aîné, jeune avocat brillant, a tout laissé tomber pour devenir sculpteur. Ses œuvres sont des références à la mémoire de celle qui n’est plus.

 

Ma tante repose dans le jardin qu’elle aimait tant. Sur sa tombe, un texte tout simple : « Ma douce compagne, où es-tu restée ? »

 

  

  

  

 

 

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Commentaires

Il est plus facile pour moi de réagir « à froid » à ce fait divers que pour toi, touché dans ton cœur par un cas similaire qui te touchait de près.

Deux remarques toutefois :
1/ Dans le cas du fait divers récent qui a fait la une des journaux, le violeur récidiviste n'était pas un violeur tueur récidiviste.
2/ Dans le cas des crimes sexuels, le taux de récidive est de l'ordre de 5 % (si je me souviens bien le chiffre que j'ai entendu à la radio). Alors quoi ? Il faudrait qu'ils restent tous à vie en prison, les 95 % qui ont payé leur dette à la société ? Comment mettre ça en balance avec le risque de victimes supplémentaires des 5 % récidivistes ? La réponse « statistique » est terrible par le cynisme qu'elle pourrait dire. Mais une solution plus répressive ne manquerait-elle pas d'humanité ?
3/ La justice n'est pas une arme au service de la vengeance des victimes mais un outil de régulation de la société. Quand un criminel a purgé sa peine, il est à nouveau libre. On dit qu'il a « payé sa dette à la société ». Mais s'il y a eu meurtre, au bout de 5, 10, 20, 30 ans, la personne morte ne revient jamais.

Ecrit par : Comme une image | 02.10.2009

Ah Lynx, vous me concassez l'âme. Quel drame, d'hier et d'aujourd'hui. Rien ne change, la Justice n'apprend jamais de ses erreurs à ce qu'il semble. Comment ne pas devenir radical devant de tels événements, de garder la distance qui permet d'avoir un froid raisonnement raisonnable pour ne pas, par la peine de mort, faire d'autres erreurs encore. Pourtant, des envies de vengeance me viennent devant des cas comme ça, je n'en rougis même pas, mais une voix au fond de ma conscience me rappelle "oeil pour oeil, dent pour dent" n'est que le fait d'une société brutale et insjuste, attention ! Pourtant. Pourtant....

Ecrit par : Gicerilla | 03.10.2009

@CUI : Le modus operandi d'un tueur en série évolue au cours de sa carrière. Cet homme n'avait pas tué la première fois (si c'était bien la première fois) mais là, il est passé à l'acte.

Quant aux 5% de récidivistes, j'aimerais qu'on me dise comment on peut donner un tel chiffre : toutes les victimes de viol ne portent pas plainte et tous les violeurs ne se font pas arrêter.
Peut-être qu'un jour, la science sera à même de déconnecter à vie la partie du cerveau qui fait que l'homme redevient animal. Par homme, j'entends homme et femme. Mais là, ça poserait d'autres problèmes.

Ecrit par : Cali Rise | 04.10.2009

@Tous> Merci pour vos commentaires. Ce genre de fait divers interpelle la conscience collective et la vie ravagée de celles et ceux qui se rappellent.

Ecrit par : Lynx à Tous | 05.10.2009

Ni la vengeance ni la justice ne peuvent restituer ma tante dans cette vie-ci. Par ce billet je voulais traduire mon ressenti par rapport à ces faits divers dramatiques. Même si j’éprouve du mal à rentrer dans le débat sur un tel sujet, je pense malgré tout que la société est en droit de se protéger contre ces personnes qui violent et tuent juste pour assouvir leurs pulsions incontrôlées. La statistique n’apprend rien sur le désarroi des proches des victimes ni sur la peur de ceux et celles potentiellement exposés à des actes d’agression sexuelle.

Le meurtrier de ma tante, après avoir été condamné à mort, est aujourd’hui incarcéré depuis plus de trente sept ans. Il a pu effectuer 86 sorties d’une demi-journée. Depuis juin de cette année, toute nouvelle sortie est interdite par la Justice. Il est le plus ancien détenu de mon pays. Ma famille et moi, nous ne nourrissons aucun sentiment de vengeance à son égard. Un jour, j’irai le visiter dans sa prison. Ma tante sera avec moi: elle m’a appris la compassion même si en occurrence, il ne peut y avoir de pardon.

J’ai côtoyé la mort dans de (trop) nombreux contextes peu habituels pour la plupart d’entre nous – commando, ambulancier au service urgences, famine dans un pays sous-développé, témoin direct de deux attentats, la violence quotidienne dans certains pays où l’on tue des êtres humains pour rien comme si ce n’était rien, patient terminal pour cause de « mauvais » diagnostic – si non je n’étais plus là - dans un service cancérologie … Ce type de mort, aussi dûr qu’il puisse être, quelque part je suis en mesure d’en parler ou de l'évoquer sans que l’émotion ne me gagne totalement. Notre psychisme est capable de les « objectiver ». La disparition de ma tante, ce n’est pas pareil. Chaque fois que les journaux relatent d’un acte ignoble dans la rubrique faits divers, chaque veille de Noël, chaque année à la date de son anniversaire, souvent dans nos rêves, des fois dans nos pensées, nous revivons cette douleur, ces coups de poignard qui ont mis fin à ses jours alors qu’elle se promenait le long du chemin boisé où un détraqué l’attendait. Une mort absurde qui, si la justice avait été plus vigilante, aurait pu être évitée. Ma tante avait été sa deuxième victime. Une troisième jeune femme sera assassinée un peu plus tard.

Il est de ces deuils que l’on porte toute sa vie.

Lynx

Ecrit par : Post scriptum | 08.10.2009

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