19.11.2009
Snapshots
Une lectrice fidèle m'a envoyé un courriel me demandant pourquoi je ne renoue pas avec les p'tites histoires qui alimentaient mes anciens blogs qui, selon elle, étaient toujours fort plaisants à lire et à commentarier.
Son message peut se lire de deux façons: soit mes anciens blogs plaisaient plus, soit l'actuel plait moins. Vous allez me dire que cela revient au même. Pourtant, malgré l'apparence, il y a de la nuance dans cette différence.
Avant, j'écrivais pour parfaire mon français et accessoirement pour faire passer le temps quand je rentrais tard le soir chez moi à l'hôtel. C'est vrai que mes anciens blogs avaient un certain succès avec quelques centaines de visiteurs par jour. J'avais conquis un petit public et le fait que ma plume d'étranger plaisait aux lecteurs et lectrices ayant une identité nationale, oui, cela me faisait plaisir. Jusqu'au jour où j'ai été contraint d'arrêter pour cause d'identification et dénonciation de mes activités privées en périphérie de mes voyages d'affaires. Du coup, l'envie et le plaisir d'écrire ont été amputés.
Aujourd'hui, lire me convient mieux qu'écrire comme activité de détente. Ce blog-ci est redevenu accessoire au point que j'oublie parfois son existence. L'absence de liens souligne qu'il se suffit à lui-même et qu'il n'a d'autres intentions que de capter de temps à autres mes réflexions diletantes du jour. Pourtant, sur le plan professionnel, je n'ai jamais été aussi prolifique en captant l'attention d'un certain public. Mais il s'agit-là de sujets et d'enjeux beaucoup plus techniques et sérieux qui feraient fuire les non-initiés. Ayant toutefois alimenté un blog, ma plume professionnelle s'est elle aussi aiguisée me permettant de mieux capter un public fait d'experts, de fonctionnaires supranationaux et de personnages politiques. Comme quoi, rien n'est jamais perdu.
Si non, pas grand'chose à vous raconter même si l'idée de publier un livre commence à se réaliser mais ce ne sera pas pour le rayon fiction.
Je suis donc devenu beaucoup plus sérieux qu'auparavant. La preuve:
Sur ce, je dois vous laisser. On m'attend pour une conférence internationale comme key-note speaker. Incognito. La preuve:
;-)
20:20 Publié dans Divagations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.11.2009
Classified
Région de Kassel (Allemagne), septembre 1988 – La manœuvre de l’OTAN « Golden Crown » touche à sa fin. Plus de 300.000 soldats US, britanniques, allemands, hollandais et belges étaient déployés sur la rivière Weser dans le plus grand exercice militaire depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Près de 20.000 véhicules militaires dont un tiers venus directement des Etats-Unis.
Ce fut un « Big Success » selon le commandant en chef.
Des années plus tard, je me souviens. Nous pensions que le Rideau de Fer était fait pour rester à moins qu’un jour, le camp ennemi déciderait de le franchir pour envahir l’Europe de l’Ouest. Ce que l’histoire ne dira pas [encore], c’est que des incursions dans l’autre sens ont bien eu lieu. Evidemment, c’est « classified » et ce qui est décrit ci-après ne sera rendu publique qu’en septembre 2038.
L’unité multinationale dont je faisais partie comme « rappelé », dénotait à la fois par son nouvel uniforme bariolé aux couleurs d’automne mais également par sa mission « réelle ». Nous ne jouions pas comme notre rôle consistait à évacuer des combattants isolés en terrain ennemi : il pouvait s’agir d’un pilote abattu, d’un agent de renseignements, d’une unité de commandos ou d’un blessé grave en terrain hostile. J’ai toujours détesté le service militaire obligatoire mais je reconnais que j’adorais ce type de mission non seulement pour son côté aventure mais aussi parce qu’elle demandait énormément de préparation, de précision, d’action furtive et de diversion, de technologie et de coordination. Quand l’ordre de récupérer un ou des « isolated soul » parvenait à notre unité, généralement une équipe de six personnes décollait dans un hélico US immense – un Joly Green Giant, « JGG ». C’était grisant surtout que nos zones d’intervention se trouvaient parfois au-delà du Rideau de Fer… . Je passe le détail sur nos moyens technologiques pour repérer la cible et pour empêcher les défenses ennemies de nous repérer comme cible – ce qui pouvait s’avérer très gênant - à notre tour. Inutile de préciser pourquoi nous ne « jouions » pas. Se faire prendre revenait à ne plus revoir ses proches pendant quelques années. Dans le meilleur des cas.
Si la cible était un blessé grave, pas le temps d’improviser non plus. Il fallait sauver une vie humaine. Pas question de « jouer » au soldat.
Le dernier jour de la manœuvre « Golden Crown », nous devions récupérer un commando allemand qui avait eu une mission de reconnaissance secrète dans l’arrière-pays ennemi. Le lieu du rendez-vous nocturne se trouvait à plus de cents kilomètres à l’intérieur de la RDA. C’était risqué comme le Pacte de Varsovie était lui aussi en alerte maximale si jamais la manœuvre « Golden Crown » débordait au-delà du Rideau de Fer. Notre équipe était composée d’autant de nationalités que de pays participant à l’exercice. C’était tous des spécialistes militaires hyper-entraînés sauf moi. En cas de pépin – lisez « capture », je devais donner à notre mission un caractère « d’exercice » et faire croire à notre adversaire pendant la Guerre Froide que nous nous étions égarés. Un « rappelé » du civil comme moi servait d’alibi. Humm.
L’hélico avançait dans la nuit. L’officier navigateur venait de repérer le signal du commando isolé: « Ça y est, je l’ai. RV dans un peu moins de sept minutes». Il fallait s’accrocher dans tous les sens du terme : nous devinions à peine le paysage nocturne qui défilait à toute vitesse sous le JGG fonçant à plus de deux cents kilomètres à l’heure en rase-mottes entre les arbres… Nos systèmes avaient bien fonctionné : nous nous posions en lisière de bois au lieu prévu. Une surprise nous attendait. Le commando était bien là mais… il n’était pas seul. Avec lui, un jeune couple et un bébé : « Emmenez-les également ! ». L’équipe se tourna vers moi : « Pouvons-nous faire ça ?!! ». « C’est strictement interdit ! Nous ne sommes même pas sensés d’être là… » Le commando allemand m’interpella : « C’est mon cousin. Il veut un avenir pour sa famille. L’abandonner maintenant revient à les condamner à mort ! Ils crèveront tous.» Je ne pouvais appeler le QG par radio au risque de nous faire repérer et de déclencher un incident diplomatique majeur. Un de nos gars sortit l’argument qu’il fallait « Tu n’es pas un militaire, juste un gars de la réserve. Alors quel risque prends-tu ? Moi, je te dis qu’il faut les emmener avec nous. »
A quatre heures du matin, l’hélico se posa à l’aéroport militaire US de W***. Le commandant nous attendait sur le tarmac : « Bien joué les gars. Mission réussie. Capitaine Nemo, venez avec moi pour le debriefing. »
Dans la Jeep qui nous conduisait au Mess, le commandant se tourna vers moi : « J’avoue que j’étais fort inquiet et qu’en réalité, je suis loin d’être satisfait. Pourquoi vous vous êtes posés près de Giershagen en RFA, sans annoncer cet arrêt au QG ? »
« L’hélico a raflé quelques branches d’arbres. Le pilote voulait les enlever pour qu’elles ne rentrent pas dans les bouches d’aspiration des turbines. »
-« Ah bon ? Rien que ça ! Cher ami, une section d’arbitres[1] a vu l’hélico se poser dans un champ non autorisé[2]! La mission devait être secrète ! »
« Tant que ce n’étaient pas les Soviets qui nous aient repérés, je ne vois pas où est le problème, mon commandant. »
«Ah vous les réservistes. C’est toujours pareil. Jamais sérieux. Bon. Oublions cela mais la prochaine fois, vous perdrez vos gallons. »
Après le débriefing, je rejoignis l’équipe au Festhalle pour fêter la fin de la manœuvre. Plus de trois cents officiers des pays participants étaient là. La bière coulait à flots. A un certain moment, un jeune lieutenant allemand s’avança vers moi : « Capitaine Nemo ? »
« Oui ».
« Je suis le lieutenant Otto N***, Bundesheer. Vous me reconnaissez ? »
« Ah, vous voilà. Sans votre camouflage de singe bariolé, vous me paraissez plus sympathique ! »
« Je voulais vous remercier de la part de mon cousin.»
« Quel cousin ? »
« Je vous ai exposé, vous et votre équipe, à d’énormes risques.»
« Je ne connais pas votre cousin et je ne sais pas de quoi vous parlez. »
« Je voulais juste vous dire qu’ils sont tous sains et saufs. Ils ne vous dénonceront pas. Ils sont maintenant chez moi à Giershagen.»
« Comment avez-vous su que cela se passerait ainsi ? Nos interventions ne sont pas annoncées… »
« Vous avez vos secrets. J’ai les miens. Je ne peux pas vous expliquer comment nous nous étions organisés pour être au rendez-vous. Mais je tenais à vous remercier au nom de toute ma famille. Mon pays est divisé. De l’autre côté, des Allemands comme moi, souffrent. Vous et vos hommes, vous venez d’en sauver trois. Cela ne s’oublie pas. Encore merci. »
Mon équipe qui suivit la scène, était devenue silencieuse. Le jeune lieutenant nous salua et partit. Je ne l’ai plus jamais revu.
Un an plus tard, je regardais les images de la chute du mur de Berlin en direct à la télé. Je n’ai jamais eu beaucoup de sympathie pour les Allemands mais là, je n’ai pas su retenir mes larmes.

22:48 Publié dans Souvenir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : allemagne, rideau de fer, otan, guerre froide, secret, chute du mur
23.10.2009
And now for something completely different
Je pensais à ce navet "Je vais craquer" en finissant ma journée. Ce soir, juste avant de rentrer à l'hôtel, je vois cette SDF au cheveux gris couchée sous du papier journal avec une pancarte "Je pourrais être votre grand-mère". Gloups.
Ayant terminé au resto l'analyse de Krugman sur l'origine de la crise et celles qui vont suivre, je termine en pyjama dans mon lit cinq étoiles en lisant un article éditorial du International Herald Tribune intitulé "Imperialisme, Goldman Sachs style". Si je prends la plume, non, plutôt le clavier, c'est que cet article m'inspire. Il y est décrit l'analogie entre les 'ismes' de type totalitaire tels que Hannah Arendt, politologue allemande survivante du nazisme, les avaient décrits. De nos jours, il y aurait donc le "Goldmansachsisme", système de conquête du monde parfaitement protégé par le pouvoir politique.
La thèse pourrait être néomarxiste. Bien que je sois moi-même pur produit de la société ultralibérale qui tient toujours le bon discours pour se justifier puisque ses activités sont amorales - l'argent n'a ni d'odeur ni de vocation en soi - je pense que l'analyse historique est correcte: le pouvoir suit toujours les intérêts particuliers qui connaissent le succès financier.
Je ne suis plus assez éveillé à cette heure-ci pour rentrer dans la discussion. Veuillez m'en excuser. Demain j'ai à négocier un nouveau contrat qui fixe mes émoluments des trois prochaines années à venir. Un montant à sept chiffres - peu importe la devise. Je n'ai rien demandé. Pourquoi ils offrent ça? Il semblerait que cela représente une valeur de marché. Non, mais?!!
Bref. Ayant déjà légué un large pan de tout ce que je possède, avoir" est un verbe qui ne m'intéresse point. Je préfère "être". Ils ne savent pas ce qu'ils vont payer. Pas encore.
En attendant, je relis mes propres constats concernant l'origine de la crise, certains se retrouvent dans ce blog et ses ancêtres, pour conclure que le monde n'a pas vraiment compris la leçon. Nos politiciens européens discutent pour savoir jusqu'à quel point les budgets pourront dépasser la limite des 3% du PNB et jusqu'à quand. Ils ne s'intéressent plus aux vraies causes de la crise et déclarent vouloir faire payer ces "sâles" (sic) banquiers (NDA: incompétents) et à règlementer leur avidité cupide. En réalité il ne se passe rien de fondamental. La politique est trop bête pour dépasser son discours yaka.
Avant de fermer ma petite lampe de lecture, je replonge dans la biographie de Winston Spencer-Churchill. Cela fait trois semaines que je la lis. Pour la troisième fois. Par ces temps de crise, je préfère économiser et donc j'approfondis la lecture au lieu de lire de trop. Quelque chose m'empêche de lire jusqu'au point de m'endormir. Ce n'est pas Churchill, bien que je sois fan, qui mobilise mes neurones.
Je regarde autour de moi. Il fait vide dans ce cinq étoiles. J'enfile un pardessus et je sors de l'hôtel pour fumer un cigarillo. Un mini-Cohiba. Il ne me goûte pas. Personne dans la rue en apparence. Je m'assieds à côté de la SDF. Elle me regarde. Je l'interpelle: "Vous avez raison Madame: vous auriez pu être ma grand-mère. Je crois d'ailleurs qu'on se ressemble bien plus que vous ne le croyez."
Nous avons parlé. Cela faisait chaud au coeur. Je lui ai présenté une petite bouteille de whisky du mini-bar. Du Chivas. Elle a apprécié une gorgée en précisant qu'elle préfère le Glen Fiddish. Après une heure de discussion, elle m'a fait comprendre qu'il était temps d'aller dormir. "Tu ne veux pas dormir dans une chambre?". Elle n'a pas voulu. "Bonne nuit Mamie".
De retour à l'hôtel, je me pose plein de questions. La nuit sera courte.
00:39 Publié dans Divagations, Réflexion | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : crise, libéral, marx, goldman, sdf, krugman, churchill


