15.10.2009

Les Petits Pas

lune-200_jpg.jpgLa manoeuvre était compliquée : d’abord contourner la lune, ensuite revenir sur le devant après quoi il fallait retourner en arrière et puis se poser tranquillement sur la surface lunaire.

 

A ce moment-là, nous devions crier « L’HOMME MARCHE SUR LA LUNE !! »

 

Mon co-équipier et moi, nous nous étions parfaitement entraînés à effectuer les mouvements sans la moindre hésitation. Mais là, ce n’était plus de la simple répétition, c’était pour de vrai. Tous les yeux de notre petit monde nous fixaient.

 

Heureusement que des semaines de préparation nous avaient habitués à bouger dans notre combinaison d’astronaute qui nous faisait ressembler au bonhomme de Michelin.

 

Notre instructrice nous avait appris à parler à voix forte dans ce bocal embué qu’était notre casque. Peut-être que cela fait sourire mais pour nous l’effort paraissait surhumain.

 

Je me rappelle que pendant des soirées entières mes parents et ma petite soeur écoutaient avec patience mon récit de l’épopée en préparation. Ils étaient fiers que leur fils, jusqu’alors un tantinet timide, avait été choisi pour cette mission lunaire que l’on ne confie qu’à ceux qui ont l’étoffe d’un héros. C’est en tous les cas ce que j’ai appris quelques années plus tard. Au moment même, je ne pensais qu’à bien faire ce que toute la classe attendait de moi.

 

Le moment fatidique, je ne l’oublierai jamais.

 

Voilà que nous étions projetés sur les devants de la scène. J’avançais avec mon co-équipier d’un pas lent et presque synchronisé tenant par les mains notre engin spatial en forme de fusée.

 

Le public était débout et applaudissait dès que nous apparaissions. Je voyais mes parents et ma sœur qui me souriaient.

 

Alors que retentissait un impressionnant « Also sprach Zarathoustra », les deux would-be héros du moment entamaient la manœuvre finale : ils contournaient un gros ballon jaune qui faisait office de lune. J’étais très concentré à ne pas rater le virage… Zarathoustra devint muet et le silence se fit.

 

Soudainement, un gros tremblement s’empara de notre fusée. Je sentais derrière moi mon co-équipier qui flanchait... Je me retournai et lui soufflai de tenir bon. Je voyais que cela n’allait pas : « Je…Je n’en peux plus !! » et alors que le souffleur chuchota « L’homme marche sur la lune », il lâcha la fusée, enleva son bocal d’astronaute et lança un énorme cris de désespoir à travers toute la salle: « JE DOIS FAIRE PIPIIIIII !!! ».

 

Le public éclata de rire et mon co-équipier ne contenait plus ses pleurs ni sa vessie…

 

Ainsi donc se termina notre odyssée à bord de notre fusée en carton. Partis en héros pour alunir dans la Mer du Silence et voilà que nous terminions, la combinaison n’étant pas étanche, en zéro dans une flaque de pipi…

 

Je m’en souviens comme si c’était hier. J’avais cinq ans et déjà une  première expérience des lois de Murphy. Et tout ça pendant une petite pièce de théâtre montée à l’occasion des fêtes de la maternelle.

 

Depuis lors je sais que les enfants, ils ont leur espace, leur imagination et leur sensibilité. Ce qui pour nous adultes paraît anodin, pour eux et leur monde fait de petits pas, tout est important. J’ai eu cette chance d’avoir eu des parents attentifs. Malgré le raté du voyage vers la Lune, ils ont continué à m’encourager tout au long du chemin de la vie tout en gardant les pieds sur terre.

 

De tout cœur, je leur dis: « Merci !! ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

01.10.2009

Fait divers

Ce matin au bistrot où j’ai l’habitude de prendre mon petit-déjeuner, un fait divers dans Le Parisien m’interpelle lourdement. Soudainement, je me retrouve trente huit ans en arrière et je m’en souviens comme si c’était hier.

 

J’adorais ma tante. Quand j’étais petit, elle me prenait par la main pour découvrir le beau jardin arboré qui entourait sa maison. C'était une très belle femme, douce, souriante et attentive, un peu effacée.

 

Mon oncle, sous ses airs austères de magistrat et de professeur en droit, faisait un peu son contre pendant avec sa personalité très présente. Mais c’était un homme sensible avec beaucoup d’humour. Fils de ministre, il n’en ratait pas une pour vouer au diable le monde politique.

 

Leurs trois enfants, une fille et deux garçons, étaient mes cousins préférés. Ils étaient beaucoup plus âgés que moi mais comme je passais souvent des séjours plus ou moins longs chez eux pendant que mes parents étaient partis à l’étranger, nous étions devenus très proches.

 

Mon oncle était également un romancier intimiste assez connu de la littérature néerlandaise. Il fut un des premiers auteurs de souche catholique à décrire avec beaucoup de sensualité tout l’amour qu’il éprouvait pour sa femme dans ses romans à forte empreinte autobiographique. 

 

Un drame effroyable a mis fin à cet amour parfait et déchiré le cœur de nous tous.

 

Un détraqué sexuel purgeait une peine de quatre ans ferme pour cause de viol d’un mineur. Un weekend, pendant un congé pénitentiaire, il a sauvagement aggressé ma tante qui se promenait dans le bois avoisinant sa propriété. Son corps fut découvert la veille de Noël par mon cousin aîné. Selon le médecin légiste, elle a dû encore se traîner sur une dizaine de mètres avant de succomber à ses blessures. Violée et quarante-six coups de canif.

 

Avant elle, il y a eu une fille de dix-huit ans. Après elle une autre victime de trente quatre ans.

 

La justice n’a donc rien appris.

 

Le Parisien de ce matin m’apprend qu’une joggeuse de quarante deux ans a été  assassinée par un violeur libéré. Je n’ai pas su terminer mon café et suis sorti en larmes.

En lisant le drame qui est arrivé à cette femme que je ne connais pas, j'éprouve une douleur semblable à celle qui m'a ravagé il y a presque quarante ans. Je pense aux proches de la victime qui eux aussi...

 

Mon oncle est décédé depuis quelques années. Mes cousins ont été marqués à vie. L'aîné, jeune avocat brillant, a tout laissé tomber pour devenir sculpteur. Ses œuvres sont des références à la mémoire de celle qui n’est plus.

 

Ma tante repose dans le jardin qu’elle aimait tant. Sur sa tombe, un texte tout simple : « Ma douce compagne, où es-tu restée ? »

 

  

  

  

 

 

Tante.jpg

28.09.2009

Catharsis

Il m’arrive parfois, heureusement de moins en moins, de penser à vous ou plutôt, à nous.

 

Je ne regrette rien. Vous resterez un souvenir qui m’aura marqué. En m’ayant congédié du jour au lendemain, vous m’avez permis de me retrouver, de devenir plus entier. Vous avez été instrumentale dans ma découverte des émotions et des sentiments que jusqu’alors je n’exprimais jamais.  Je pensais à tort que notre histoire nous élèverait. J’y mettais des espoirs que je ne parvenais pas encore à partager n’étant, dans ma candeur, pas encore capable de les nommer. Il y avait trop de barrières et de zones réservées imposées.

 

J’en subissais les propos et commentaires sans vraiment les saisir. Il fallait que je vous aime en observant le secret. Il fallait que je me taise pour ne pas vous exposer. Il fallait que j’essuie vos larmes et que je vous prête mon épaule. Il fallait que je vous baise pour vous rassurer de votre féminité.

J’en ai entendu les reproches dont la violence m’empêchait de les comprendre. Puis il y a eu cette rupture indigne et feinte, une blessure qui affecta mon ego et que je ne vous pardonnerai jamais. Un cinéma qui ne fut ni plus ni moins qu’un dénigrement de mon être. Je payais les conséquences de tout le mal que d’autres vous ont fait.

 

Le temps a fait son œuvre et j’ai eu cette chance de rencontrer celle qui me rend meilleur homme à chaque instant de la vie. Pas que ce soit facile ou évident. Mais la confiance et le respect partagés permettent à l’amour de se développer et à ne trouver qu’une cause de bonheur que dans l’épanouissement de l’autre, source essentielle de l’épanouissement de soi.

 

Du reste, je n’ai plus rien à vous dire et encore moins à vous expliquer. Cela ne vaut plus la peine et ce ne serait qu’une perte de temps vu l’opinion que nous garderons l’un de l’autre. Nous étions profondément incompatibles. Mon pire ennemi, dans l’hypothèse où j’en aurais un, je le verrai toujours comme un être humain qui par la force des choses se sera trouvé en face de moi. Cela ne m’incitera jamais à le vouer aux enfers car je sais que derrière sa force et sa faiblesse, il y a un être humain que je respecte.

 

Vous, c’est différent. Vous n’êtes pas mon ennemi. Vous êtes inqualifiable. Mettez-y le sens que vous voudrez pourvu que ce soit un propos qui transforme l’être en objet indigne d’intérêt de la part de quelqu’un qui un jour vous a aimée. En la matière, vous ne manquerez pas de vocabulaire arrogant, insultant, cruel ou dénigrant question « to make you feel better ».

 

C’est tout. Je ne regrette rien en ce qui vous concerne.

 

Depuis longtemps, le deuil, façon de parler, est consommé.

 

Une histoire s’est confondue avec et aura disparu dans la banalité - un souvenir à ne plus évoquer.