23.10.2009

And now for something completely different

Je pensais à ce navet "Je vais craquer" en finissant ma journée. Ce soir, juste avant de rentrer à l'hôtel, je vois cette SDF au cheveux gris couchée sous du papier journal avec une pancarte "Je pourrais être votre grand-mère". Gloups.

Ayant terminé au resto l'analyse de Krugman sur l'origine de la crise et celles qui vont suivre, je termine en pyjama dans mon lit cinq étoiles en lisant un article éditorial du International Herald Tribune intitulé "Imperialisme, Goldman Sachs style". Si je prends la plume, non, plutôt le clavier, c'est que cet article m'inspire. Il y est décrit l'analogie entre les 'ismes' de type totalitaire tels que Hannah Arendt, politologue allemande survivante du nazisme, les avaient décrits. De nos jours, il y aurait donc le "Goldmansachsisme", système de conquête du monde parfaitement protégé par le pouvoir politique. 

La thèse pourrait être néomarxiste. Bien que je sois moi-même pur produit de la société ultralibérale qui tient toujours le bon discours pour se justifier puisque ses activités sont amorales - l'argent n'a ni d'odeur ni de vocation en soi - je pense que l'analyse historique est correcte: le pouvoir suit toujours les intérêts particuliers qui connaissent le succès financier.

Je ne suis plus assez éveillé à cette heure-ci pour rentrer dans la discussion. Veuillez m'en excuser. Demain j'ai à négocier un nouveau contrat qui fixe mes émoluments des trois prochaines années à venir. Un montant à sept chiffres - peu importe la devise. Je n'ai rien demandé. Pourquoi ils offrent ça? Il semblerait que cela représente une valeur de marché. Non, mais?!!

Bref. Ayant déjà légué un large pan de tout ce que je possède, avoir" est un verbe qui ne m'intéresse point. Je préfère "être". Ils ne savent pas ce qu'ils vont payer. Pas encore.

En attendant, je relis mes propres constats concernant l'origine de la crise, certains se retrouvent dans ce blog et ses ancêtres, pour conclure que le monde n'a pas vraiment compris la leçon. Nos politiciens européens discutent pour savoir jusqu'à quel point les budgets pourront dépasser la limite des 3% du PNB et jusqu'à quand. Ils ne s'intéressent plus aux vraies causes de la crise et déclarent vouloir faire payer ces "sâles" (sic) banquiers (NDA: incompétents) et à règlementer leur avidité cupide. En réalité il ne se passe rien de fondamental. La politique est trop bête pour dépasser son discours yaka.

Avant de fermer ma petite lampe de lecture, je replonge dans la biographie de Winston Spencer-Churchill. Cela fait trois semaines que je la lis. Pour la troisième fois. Par ces temps de crise, je préfère économiser et donc j'approfondis la lecture au lieu de lire de trop. Quelque chose m'empêche de lire jusqu'au point de m'endormir. Ce n'est pas Churchill, bien que je sois fan, qui mobilise mes neurones.

Je regarde autour de moi. Il fait vide dans ce cinq étoiles. J'enfile un pardessus et je sors de l'hôtel pour fumer un cigarillo. Un mini-Cohiba. Il ne me goûte pas. Personne dans la rue en apparence. Je m'assieds à côté de la SDF. Elle me regarde. Je l'interpelle: "Vous avez raison Madame: vous auriez pu être ma grand-mère. Je crois d'ailleurs qu'on se ressemble bien plus que vous ne le croyez."

Nous avons parlé. Cela faisait chaud au coeur. Je lui ai présenté une petite bouteille de whisky du mini-bar. Du Chivas. Elle a apprécié une gorgée en précisant qu'elle préfère le Glen Fiddish. Après une heure de discussion, elle m'a fait comprendre qu'il était temps d'aller dormir. "Tu ne veux pas dormir dans une chambre?". Elle n'a pas voulu. "Bonne nuit Mamie".

De retour à l'hôtel, je me pose plein de questions. La nuit sera courte.

01.10.2009

Fait divers

Ce matin au bistrot où j’ai l’habitude de prendre mon petit-déjeuner, un fait divers dans Le Parisien m’interpelle lourdement. Soudainement, je me retrouve trente huit ans en arrière et je m’en souviens comme si c’était hier.

 

J’adorais ma tante. Quand j’étais petit, elle me prenait par la main pour découvrir le beau jardin arboré qui entourait sa maison. C'était une très belle femme, douce, souriante et attentive, un peu effacée.

 

Mon oncle, sous ses airs austères de magistrat et de professeur en droit, faisait un peu son contre pendant avec sa personalité très présente. Mais c’était un homme sensible avec beaucoup d’humour. Fils de ministre, il n’en ratait pas une pour vouer au diable le monde politique.

 

Leurs trois enfants, une fille et deux garçons, étaient mes cousins préférés. Ils étaient beaucoup plus âgés que moi mais comme je passais souvent des séjours plus ou moins longs chez eux pendant que mes parents étaient partis à l’étranger, nous étions devenus très proches.

 

Mon oncle était également un romancier intimiste assez connu de la littérature néerlandaise. Il fut un des premiers auteurs de souche catholique à décrire avec beaucoup de sensualité tout l’amour qu’il éprouvait pour sa femme dans ses romans à forte empreinte autobiographique. 

 

Un drame effroyable a mis fin à cet amour parfait et déchiré le cœur de nous tous.

 

Un détraqué sexuel purgeait une peine de quatre ans ferme pour cause de viol d’un mineur. Un weekend, pendant un congé pénitentiaire, il a sauvagement aggressé ma tante qui se promenait dans le bois avoisinant sa propriété. Son corps fut découvert la veille de Noël par mon cousin aîné. Selon le médecin légiste, elle a dû encore se traîner sur une dizaine de mètres avant de succomber à ses blessures. Violée et quarante-six coups de canif.

 

Avant elle, il y a eu une fille de dix-huit ans. Après elle une autre victime de trente quatre ans.

 

La justice n’a donc rien appris.

 

Le Parisien de ce matin m’apprend qu’une joggeuse de quarante deux ans a été  assassinée par un violeur libéré. Je n’ai pas su terminer mon café et suis sorti en larmes.

En lisant le drame qui est arrivé à cette femme que je ne connais pas, j'éprouve une douleur semblable à celle qui m'a ravagé il y a presque quarante ans. Je pense aux proches de la victime qui eux aussi...

 

Mon oncle est décédé depuis quelques années. Mes cousins ont été marqués à vie. L'aîné, jeune avocat brillant, a tout laissé tomber pour devenir sculpteur. Ses œuvres sont des références à la mémoire de celle qui n’est plus.

 

Ma tante repose dans le jardin qu’elle aimait tant. Sur sa tombe, un texte tout simple : « Ma douce compagne, où es-tu restée ? »

 

  

  

  

 

 

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01.09.2009

Ted (1932-2009)

"Il a eu cette chance d'être la seule chose que ces frères vénérés n'ont jamais pu être: tout juste un être humain." (*)

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Ted Kennedy, avec tous les malheurs et faiblesses et qui ont marqué sa vie, a été un grand homme. Vu d'ici, son impact sur la vie politique aux Etats Unis n'apparait pas vraiment. Mais pour ceux qui se battent Outre-Atlantique pour plus d'équité et de justice, une assurance-maladie pour tous, un accueil pour les réfugiés politiques, il est indégniablement l'artisan d'une Amérique meilleure pour tous.

S'il n'a pas été président à cause de son passé marqué par des faits divers compromettants, cela ne l'a pas empêché d'être un des sénateurs les plus influents, auteur de plus de 300 lois. Il fut un des rares à avoir voté contre l'intervention US en Irak. L'actuel Président sait plus que quiconque ce qu'il doit au dernier des quatre fils de Joe et Rose Kennedy.  

Un jour, j'irai voir sa tombe à Arlington où il repose à côté de son frère Robert, quelques dizaines de mètres plus loin que John ("Jack"), Jackie et Rosemary. S'il faut pleurer la disparition d'un homme politique, homme avant tout, oui, pour Ted, je le ferai.  

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(*) David von Drehle, Time Magazine 

 

26.08.2009

Prévisions à court terme

Je suis un optimiste par nature. Même en étant conscient du fait qu'invariablement, la mort pointera. Que je croirai ou pas dans une existence post mortem, ne change rien à une fin biologique programmée de mon individualité actuelle.

Qu'un RIP sera gravé sur ma pierre tombale ne me préoccupe aucunement. Je m'en fais plus de l'avenir de mes enfants, mes proches et de tout ce qui nous entoure.

Je pense que nous ne nous attardons pas assez sur le type de réflexion qui consiste à prévoir ce que l'avenir nous réserve. Les médias et les politiciens sont trop submergés - et nous aussi par conséquent - par l'immédiat.

Certes, le risque de se tromper quant au résultat prévisionnel, est bien réel. N'empêche, le plus grand risque consiste à ne rien prévoir du tout.

Alors, devant ma boule de cristal - ce n'est qu'une image bien sûr - qui me permet de prévoir les évènements à court terme, c'est à dire d'ici deux ans, voilà ce que je vois:

1) L'occident perdra la guerre en Afghanistan. Le pays sombrera à nouveau dans l'obscurantisme.

2) Une crise majeure entre la Russie et l'Ukraine provoquera une totale déstabilisation de l'approvisionnement d'énergie en Europe.

3) Israël effectuera un raid en vue de la destruction des sites nucléaires iraniens.

4) Les points 2) & 3) accentueront la déstabilisation de l'approvisionnement en énergie à l'échelle mondiale.

5) Des nuages s'accumulent sur le marché de l'emploi. Doublement du taux de chômage prévisible.

6) Chavez sera renversé par son armée.

7) Bonus record pour les traders de Wall Street et de Londres.

8) L'Union Européenne en panne.

9) Mon blog sera mort.

10) Fiançailles de mon ainé.

11) Je vivrai en Amérique Latine.

12) Ma mère aura un infarctus.

13) Saown passera son PhD.

14) Je gagnerai un procès majeur.

15) Emeutes en Chine avec des milliers de victimes.

16)  Famine en Afrique.

17) Discussion en tête-à-tête avec Tony Blair.

En relisant tout cela, je me demande si je n'ai pas intérêt à jeter ma boule de cristal. Elle est déprimante.

Courage à tous. Nous vivons dans le meilleur des mondes à défaut d'autre monde.

Lynx.

 

21.07.2009

About the French

 

(Extrait d'un billet écrit il y a quelques années à l'attention de visiteurs étrangers en France...)

 

My experience with “The French”, whether professional or private, open or intimate, friendly or hostile, cultural or gastronomic, stretches over several decades with variable intensity and about six years of semi-permanent stay in the City of Light. I-don't-remember-who once stated that “an experienced person is someone who committed many mistakes but never the same.” Hopefully my own large experience will be helpful to newcomers in France…

 

France is a permanent paradox: “black & white”, “inspiring & conspiring”, “moralizing & cheating”, “left & right”, “visionary & deceitful”, “republican and corrupt”, “Monogamous & permanently two-timing”, “grandeur & decadence”.

 

Since I am far from being a masochist, I clearly like France and even love (most of) its people. But it took me some time to find out some rules and guidelines to survive the French and eventually live “like a King in France” - without losing my head... If you’re well off and living in the nicer part of Paris or countryside, France really is a paradise. But of course, there are the French…

 

To the non-French, my opinion might sound frightening because the French are really peculiar and full of contrast. Don’t be afraid and don’t be surprised. I went through some roller-cast experiences in business and private matters. The French are a strange and unpredictable mix of rational thinking and emotional behaviour. The clue is to find out which part prevails. Once you got that, try to use it to your own advantage. In saying so, I clearly demonstrate I already picked up something about them…

 

Some basic rules to survival in France:

 

Never trust a Frenchy whether it is your business or bed partner. I mean NEVER. Once you stick to that attitude, Frenchies really become enjoyable. Most foreigners might find this a real obstacle in linking up with them. That shouldn’t be the case. If Frenchies cannot be trusted, this has to do with various enrooted cultural, historical, educational, chauvinistic and individualistic bias.

 

A Frenchy always acts or reacts out of self-interest. As long as this basic attitude can be satisfied, they are just wonderful. But be aware that they can suddenly put a dagger in your back while the day before they celebrated your lifetime partnership.

 

How come? First, their public educational system: it privileges the “concours”, a way of filtering out the best students by competition. Teamwork and sporting efforts as catalyst of personal developments are not part of the scheme.

 

The best or ‘elite’ is intended to serve the State or state-owned corporations. Since state and politics are interwoven, a Frenchy, if he wants to make it, clearly has to look after his own personal interests and be very suspicious about his competing colleagues’ career moves. So, a Frenchy will always act ‘politically’ meaning he will put the effort where his own self will be mostly rewarded. That is for the “professional side”.

 

The Frenchy also looks after his “allure” and ability to seduce. The French, and here Napoleon definitely had an impact, are historically conceived to conquer. If not countries or businesses, then at least female hearts. Being a conqueror or seducer is encoded in their genetic material talking about males. Being seduced, pampered, spoiled by a gallery of lovers, is the female’s existential meaning of life.  

 

Within France itself, it is the contest for acquiring power and women that prevails. And most Frenchies play the game without being victimised. As long as nobody looses his/her face, the French are totally committed to seduce, secret love affairs, cheating, … Very seldom this shocks. “C’est normal”. If, as a foreigner, you get caught by a French love affair, don’t be surprised if in overnight she or he is suddenly gone whatever you believed in until that very moment.

 

This could sound demoralizing to the non-French. In fact, it shouldn’t once you are aware of it.

 

An example.

 

If you are with a female partner, permanently ask her whether she is still satisfied and “not yet looking outside” your partnership. In other terms, check on her personal interest and self satisfaction. Even if her answer will be different from her thoughts, you might have a good chance in stopping her tendency to leave the partnership. Questioning her on her intentions always triggers some unspoken reaction such as “My God, how did he know I had sex two hours ago with his best friend?”

 

To hide that reaction, French charm will overwhelm you in all its neutralizing and convincing power. Since that forces you also to an extra-effort (“dîner aux chandelles, bijou de Cartier, sac de Hermès, parfum de Chanel, bouquet de roses …”), you just saved your partnership.

 

Please note that the French are probably the only species where both male and female are experts in seduction. It is part of life.

 

In politics, they are absolutely marvellous. Whether leftist or rightist, lying is seen as morally neutral. Everybody knows that Jaco is a crook, everybody knows that Mitterand forced public companies to pay bribes to his party. But it is accepted. That the successive Presidents – Monarchs without a crown – apart from de Gaulle who was an exception that confirmed the rule, were continuously fooling their spouses, didn’t offend anyone. It even gave them a positive image of “conquerors” towards the female voters.

 

France cultivated a kind of newthink – referring to Well’s newspeak, reality can be fairly different from the way the French perceive it. Since the French are one of the most “monoglot” people in the world, they seldom read or hear how the non-French media comment on them. When Jaco tried to convince the US that starting a war in Irak was immoral and illegal, how many French saw the foreign press commenting on the fact that “it is hard to accept lessons from a crook.” …?

 

“Grandeur & Décadence” are really omnipresent.

 

The non-French probably never have known Serge Gainsbourg – even if this musical genius created many soundtracks for the American movie industry. That guy represents most of the French strong and weak points: wonderful songwriter and composer, fantastic cultural background, incorrigible seducer despite his untidy appearance, sometimes incredibly arrogant and provocative, mostly plain drunken, mixing imagination and truth.

 

The guy was lucky when on national television he once declared to Witney Houston during a prime time show: “I want to f… you right now!”. The French found it absolutely hilarious. If this would have happened in New York, he would still be paying his lawyers…

 

Anyway, back to the initial advice by way of a conclusion on the first rule of survival: never trust the French. Don’t blame them for their lack of fairness. They ignore team play, they mix up facts and opinions, they think their perception of reality is the only right one. They have been dressed to self-fulfilment. Tant pis pour les autres. Un pour tous, tous pour moi.

 

So, dear fellow “in-patriate”, I warned you. What they tell you might be quite the opposite of what happened.

 

Not only to the female but to all the French, the mind sets the truth, not the naked fact. They will always ‘dress’ up the latter so that it suits the way reality should be and not as it is. Napoleon understood this perfectly well: "It is not the truth that but what people say."

 

You are in a “Cartesian” country where “reason” prevails. Unfortunately, whether this refers to rationality or to imagination isn’t clear. Descartes didn't survive in France (He died in Sweden...).

 

The French are masters in “abstraction” and deduction. They are capable of inventing general rules like no other and subsequently apply these to any situation – with of course the inevitable exceptions… to confirm the general rule.

 

The problem is that, depending on their self-interest, they are able to analyse the same situation to be black one day and white the next one. Absolutely mind boggling and destabilizing to a none-French. 

 

If for instance, in a management team, you adopt a decision based upon these and those elements, it could well be that next day, your fellow manager does exactly the opposite. If you ask him why, he’ll tell you that the situation has changed and requires a flexible change of response etc., etc. Don’t get fooled. This just means that he didn’t see his personal interest in yesterday’s decision and that he already decided at the time of the decision… To ignore it.

 

The French don’t like to work together because this exposes them too much towards the colleagues and dilutes the possibility of self-servicing personal interests. Most corporations are conducted by a PDG which translates as "next after God" or "keep talking guys, c'est moi qui décide!"

French love the concept of "elites" although the republique clearly states "liberté, égalité, fraternité". Beware if you dare to challenge an ENArque's or polytechnician's opinion… At that very moment, you are stigmatized as barbarian, a-cultural, stupid, badly-French speaking impolite imperialistic beefeater…

 

All this might sound a bit harsh. In fact, it isn’t.

 

If you adopt a gentle smile, it will help you through those circumstances that otherwise would culminate into conflict. French like people with charm. We, the none-French, haven’t got the French charm in our fingers, but a smile usually will do. The French are very sensitive to a well placed smile. It translates as “I am able to see through you, to ‘relativiser’ as they say, and to play your game without being sucked too much”.

 

That’s it for today.

 

 

10.06.2009

Lignes de vie

 Ma jolie partenaire et moi avions atteint la finale double mixte du tournoi de tennis de Bournemouth. Les journaux locaux avaient publiés nos photos avec des commentaires assez élogieux : « Des jeunes de quinze ans en finale ! » C’est que les British, malgré tous leurs (nombreux) défauts, adorent le sport et ne sont jamais avides de compliments envers ceux qui réalisent une performance sportive. Pas que la nôtre était exceptionnelle. C’était plutôt notre jeune âge que notre jeu qui avait impressionné.

 

Je dois reconnaître que notre adversaire en demi-finale avait été mis à moitié « KO » par un smash de ma partenaire droit sur le sexe du gars d’en face. Le match fut suspendu pendant dix minutes le temps qu’il retrouve ses aises et que tout se remette en place…

 

Fabienne, ma partenaire, était restée impassible, soupçonnant à peine ce qu’a dû sentir notre adversaire : «Tu as vu comment mon smash a gagné en précision?». Heureusement que les Anglais ne parlent pas français… Notre adversaire subit une lourde défaite, le gars étant devenu beaucoup trop crispé en montant au filet.

 

Le dimanche de la finale, le soleil était au beau fixe. La finale simple Messieurs venait de se terminer. Un très jeune Suédois l’avait gagnée. Il s’appelait Bjorn.  

 

L’on pourrait croire que le stade se viderait, l’intérêt pour une partie double mixte n’étant pas aussi grand. Eh ben non ! Le public voulait absolument voir le match des jeunes joueurs venus du Vieux Continent opposés à un couple britannique aguerri. Quelques-uns de nos amis étaient venus avec notre drapeau tricolore pour nous encourager.

 

Avant que le match débuta, Fabienne attira mon attention sur un personnage plutôt excentrique : « Regarde ce type tout en noir en haut des gradins. Il me fait peur ». «Concentre-toi sur le match. En Angleterre, tu trouveras toujours des excentriques. » C’est vrai que le type était plutôt bizarre : avec son chapeau et son costume noirs, difficile de ne pas le remarquer au milieu de cette foule estivale multicolore sous un ciel éclatant.

 

La partie fut très serrée mais nous devions nous incliner devant l’expérience de nos adversaires trentenaires. Fabienne était toute déçue : « Pff ! Je ne sentais ni mes services ni mes smashs. » « Heureusement pour la descendance de notre adversaire... » Pensai-je.

 

J’étais content d’avoir joué la finale et je garde un excellent souvenir des encouragements par le public anglais chaque fois que nous marquions un point. Après la remise des prix, je me dirigeais avec Fabienne et quelques-uns de nos amis ainsi que ma sœur vers les vestiaires. « Hé Nemo, tu vois le type en noir ? Il continue de nous observer depuis la terrasse du clubhouse ! » Fit Fabienne. Effectivement, il avait l’air de nous attendre.

 

«C’est qui ce type?»

 

Comme il voyait que sa présence nous interpellait, il descendit de la terrasse et se présenta : « Bonjour les jeunes prodiges. Je m’appelle Jack. Pour vous remercier de votre belle performance, accepteriez-vous que je lise votre avenir dans votre main ? »

 

Nous nous regardions d’un air incrédule mais cela n’empêcha pas Fabienne de tendre sa main.

 

« Vous aurez un bel avenir, très équilibré, un mariage d’amour et beaucoup d’enfants ».

 

« Comment, beaucoup d’enfants ?? » Rétorqua-t-elle.

 

Evidemment que tout la bande d’amis éclata de rire et lança toutes sortes de platitudes inhérentes à notre jeune âge: « Fab et des mômes ?? Elle ne sait même pas comment les faire… », « Ce ne sera pas en envoyant un smash dans les roupettes… », « Fab, rendez-vous au vestiaire dans deux trois ans quand tu seras un peu plus… hmm… développée ! »

 

Fab s’en foutait de nos remarques.  Toujours est-il, qu’aujourd’hui elle est maman de… Six enfants !

 

Ma sœur présenta sa main.

 

Jack regarda la main et suivit les lignes avec son index. Il avait l’air d’hésiter. Nous devenions tous silencieux : « Vous connaîtrez des amours tourmentés. Il vous faudra du temps avant de rencontrer l’homme qui saura vous combler.  Ménagez-vous. Vous aurez à affronter une période difficile sur le plan de la santé mais cela s’arrangera… Faites attention en voiture. Je vois un accident…»

 

« Vous n’avez rien de plus drôle à me raconter ? » Fit ma sœur en retirant sa main. « Foutaises tout cela ! »

 

Malgré la remarque de ma sœur, j’avançais ma main à mon tour. Jack l’observa et prit son temps avant de parler : « Extraordinaire… J’ai rarement vu une main pareille… Il n’y a aucun doute,  un avenir radieux et inhabituel vous attend. Vous aurez une belle carrière et vous verrez le monde entier. C’est sûr, un jour, vous ferez parler de vous… En bien, je précise. »

 

« Et en amour, cela donne quoi ? » Demanda ma sœur. Jack lui répondit : « Il connaîtra deux grandes déceptions mais elles s’effaceront devant l’amour qu’il découvrira un jour dans un pays lointain. »

 

Ma sœur n’arrêtait pas de le questionner : « Il y aura des enfants ? »

 

« J’en vois plusieurs. Ils adoreront votre frère. »

 

« Comment savez-vous que c’est mon frère ? »

 

« Je ne lis pas que la main… Maintenant, il faut que je parte. Au revoir, les enfants. » Et il partit tranquillement vers la sortie du club de tennis. Avant de s’engager dans la rue, il se retourna et me fixa : « One day, you’ll remember what I told you. Extraordinary destiny. Live up to it young friend ! » Et il disparut.

 

Des années plus tard, je rendis visite à ma sœur admise en urgence pour cause de tumeur maléfique.

 

« Nemo, tu te rappelles ces vacances à Bournemouth et les prédictions de cet homme en noir au club de tennis? »

 

« Jack ? »

 

« Je vois que tu t’en souviens. C’est drôle, avec tout ce qui m’est arrivé, j’y pense souvent. Il ne s’est pas trompé. Il y a eu tous mes amours, les uns plus compliqués que les autres. Puis cet accident en Afrique du Sud… Et puis ce cancer… Heureusement, que toi et mon mari, vous êtes là.»

 

« Alors tu sais que tu t’en sortiras. Courage ma joli sœur. »

 

« Je sais qu’en ce qui te concerne, il ne s’est certainement pas trompé. »

 

Je n’ai pas voulu lui répondre.

 

Pas encore.

 

Le temps viendra.

03.06.2009

Paradoxes

Quelques faits de l’actualité :

D’abord la catastrophe du vol Rio-Paris qui a coûté la vie à 228 êtres humains.

 Les pauvres.

Le prix du billet varie entre 540 € et 7000 €.

Les moyens mobilisés pour retrouver les débris avoisinent les deux millions d’€.

La perte de l’appareil A330 et l’indemnisation des victimes coûteront près de 600 millions d’€.

 Une messe de commémoration a eu lieu cet après-midi à la cathédrale Notre-Dame à Paris. Un message de condoléances du pape a été lu.

Le chef de l’état français et des membres du gouvernement étaient présents.

Difficile de chiffrer ce qu’aura rapporté aux médias et à la classe politique toute la médiatisation de cet accident.

Ensuite :

 « 400 millions de personnes en Asie du Sud (Afghanistan, Sri Lanka, les Indes, Bangladesh, Les Maldives, …) crèvent de faim. L’Unesco et les Nations Unies appellent à l’aide… » (*)

 « Le revenu moyen d’un habitant de ces pays est de 400 dollars par an… »

Et puis :

 « Un ministre de Guinée au salaire officiel de 4000 dollars par mois, a acheté en 2006 une villa de 34 millions de dollars à Hollywood pour ne pas mentionner la Bugatti qu’il s’est achetée à Paris et les nombreuses propriétés qu’il possède en Afrique du Sud, en France, … Il a 38 ans.  En Guinée, la mortalité enfantine est de 98 sur 1000. Etc. » (**)

Pour finir.

"Un attentat à la bombe a tué près de 100 personnes en Afghanistan".

Réflexions:

La mort et le malheur n'ont pas le même prix ni de valeur médiatique.

Le monde est cruel et notre indifférence tout autant quand l’évènement n’a pas un côté spectaculaire qui attire les médias et leur corollaire fait d’hommes politiques voulant occuper les devants. Juste parce qu'ils savent que l'émotion suscite l'attention des spectateurs.

Si notre époque doit porter un nom, appelons-la l'ère de l'émo-culture. 

 

 

_______________________________________________________________

(*) International Herald Tribune, 3 juin 2009, en bas de la page 6 – traduction)

(**) Idem, éditorial.

28.05.2009

Femmes au boulot

Parce qu’elles sont beaucoup plus précises que les hommes,

Parce qu’elles peuvent être de vrais chiennes lorsqu’il faut,

Parce qu’elles n’en démordent pas quand elles pensent avoir raison,

Parce qu’elles ont le sens d’organiser leur travail et leur vie de famille,

Parce qu’elles écoutent beaucoup mieux,

Parce qu’elles sont beaucoup plus capables de travailler en équipe,

Parce qu’elles s’expriment souvent beaucoup plus clairement,

Parce qu’elles n’ont pas peur d’afficher leurs émotions,

 

Pour toutes ces raisons et encore d’autres, j’adore, non, je préfère souvent de travailler avec des femmes.

 

Cela a toujours été ainsi : depuis l’université – quand j’étais jeune, l’école n’était pas mixte – en passant à travers mes premiers boulots en banque d’affaire et ensuite en véhicule d’investissements vers mon job actuel dans le domaine des services à forte conotation industrielle.

 

En débarquant en France, je fus surpris, parfois choqué par le côté macho des entreprises françaises en général.

 

Les hommes au travail y évoquent rarement les capacités et talents professionnels des femmes.

 

Dans les pays du Nord à conotation de gestion anglo-saxonne, les rapports entre femmes et hommes au boulot sont nettement plus marqués par une séparation stricte voire régulée entre la gente féminine et masculine au niveau des rapports professionnels d’une part et les rapports d’une autre nature d’autre part.

 

Exemples :

 

-S’embrasser au bureau est parfaitement admis dans les pays latins. Dans les pays non-latins, c’est à peine toléré voire passible de poursuites judiciaires pour cause d’harcèlement.

 

-Faire un compliment à l’autre sexe pour sa tenue vestimentaire ou son allure, « aïe, aïe… » si vous êtes dans un pays situé au nord de l’Hexagone.

 

-Faire un commentaire du style « Tu as l’air d’avoir peu dormi. La nuit était chaude ? » peut vous amener devant le tribunal si une quelconque connotation à caractère sexuel accompagne votre remarque dans un contexte de travail non-latin.

 

Est-ce bien ou est-ce mal ? Est-ce plus agréable ou plus convivial que de permettre au travail une certaine mixité entre les rapports professionnels et, disons, extra-professionnels ?

 

Personnellement, je suis pour une séparation claire et nette : tout rapport qui sort du cadre des compétences professionnelles, n’a pas lieu d’être présent dans le contexte du travail. A mon avis, si le contraire est permis, des cancans du style « favoritisme » et « promotion horizontale » risquent de pourrir l’atmosphère.

 

Cela ne signifie pas qu’il ne peut y avoir une certaine répartition des tâches ou responsabilités basées sur des qualités souvent inhérentes à l’appartenance à l’un ou l’autre sexe. Il faut être attentif aux différences qu’il peut y avoir.

 

Une de mes collaboratrices, par exemple, est absolument incollable sur toutes les questions de consolidation financière. Je sais aussi qu’elle a un bébé et un enfant en bas age. Jamais je ne planifierai une réunion tôt le matin ou en fin de journée si sa présence est indispensable. A ces moments-là, elle a d’autres priorités à gérer. Je sais aussi que si je lui demandais d’être présente, qu’elle ne refuserait pas.

 

En revanche, il est rare que je confie à une femme une tâche ‘politique’ – exemple : réorganiser un service - ou de création – inventer un nouveau produit au service. Autrement dit, quand le résultat ou l’objectif requiert une traversée de l’inconnu marquée par des incertitudes ou des rapports de force, je penche plutôt pour les hommes pour s’atteler à la tâche.

 

Peut-être ai-je des préjugés en fonctionnant ainsi mais je garde toujours à l’esprit l’image du chasseur en pensant aux hommes qui se lancent dans l’inconnu et de la femme pieds sur terre qui doit gérer l’immédiat et les certitudes.

 

Ces quelques réflexions n’ont aucune vocation d’universalité. Je fonctionne avec ce que mon bagage comporte comme expériences, formation et éducation. Et je sais que toute règle générale connaît ses exceptions.

 

Et vous, qu’en pensez vous? Les femmes au boulot, égales aux hommes? Faut-il dissocier vie professionnelle et vie « privée »? Faut-il une discrimination positive pour promouvoir la présence des femmes à tous les niveaux d'une hiérarchie?

 

Tous les commentaires, suggestions, critiques etc. sont la bienvenue.

 

 

08.05.2009

Abstinence et fidélité

Encore deux mois avant de se revoir…

 

C’est dur pour elle, c’est dur pour moi.

Mais différemment.

Pourtant, nous avons tous les deux tenu plus de onze mois entre deux rencontres.

Ce n’est pas un exploit mais cela en dit long sur notre physiologie…

Quand on s’aime à onze heures de vol de distance

Et que plus personne ne s’interposera ni pour elle ni pour moi,

C’est qu’au-delà du choix, il y a plus qu’une simple conviction.

 

De mon côté, cela ne me dérange pas.  J’ai bien tenu par le passé.

Par le passé, plusieures années de fiançailles sans se toucher intiment.

Et des séparations de plusieurs mois une fois que j’étais marié.

Quand l’amour conjugal s’en est allé, plus de quatre ans sans rien.

Comme quoi il ne faut jamais désespérer.

Aujourd'hui, plus aucune envie d'ailleurs, désir réservé rien que pour elle.

 

Plus que deux mois avant de…

 

28.04.2009

Armand

L’assistance n’était pas venue très nombreuse. Il n’y avait qu’un curé, deux voisins et moi, seul représentant de la famille, le reste étant à l’étranger.

 

Il aurait pu avoir une vie sans que quelqu’un ne s’en aperçoive. Une vie sans histoires.

 

Il aura été domestique et jardinier de la famille de 1935 à 1985, période entrecoupée par son service militaire qui a duré à peine trois semaines, le temps d’être fait prisonnier de guerre par l’envahisseur allemand qui l’a relâché six mois plus tard à la demande de mon grand-père.

 

Il s’était marié en 1947 et a eu un fils, Edouard, mort trop tôt des suites d’une longue maladie. Il en a beaucoup souffert. En silence. Cela se lisait dans ses yeux. Quand son épouse est décédée des années plus tard, il me dit: "Je suis sûr qu' elle est à nouveau heureuse maintenant qu'elle a rejoint notre fils." Il ne croyait pas en dieu.

 

En 1961, mes parents emménagèrent dans la maison de mes grands-parents partis à l’étranger. C'est là qu'il travaillait. Très rapidement il devint mon confident et tuteur. Il n’avait jamais étudié mais il savait tout de l’horticulture. Je le suivais pendant des journées entières pendant lesquelles il m’apprit la taille des arbres fruitiers, la préparation et l’ensemencement de la terre, les travaux de réparation, l’entretien de la pelouse et des rosiers, la cueillète des fruits et légumes. Il m’arrivait souvent de rester auprès de lui pendant sa pause de midi dans un local sombre de la cave où se trouvait la chaudière au charbon dont il assurait le remplissage régulier.

 

J’aimais écouter les histoires et leçons de vie qu'il me racontait. Il parlait souvent de ma famille dont il connaissait tous les aléas, contretemps et moments de bonheur. Il a vu grandir mon père, mes oncles et tantes. Il en parlait avec amour et respect : « Je suis socialiste comme tu sais, mais ça c’est ma condition d’ouvrier qui me l’impose. Ton grand-père a été mon patron mais s’il avait fait de la politique, il est certain que nous autres ouvriers, nous aurions tous voté pour lui. C'était un homme juste.»

 

Il prenait sa vie de jardinier avec philosophie : « Je suis content avec ce que j’ai. J’ai cette chance de travailler pour une famille que j’aime. Même si ma condition est modeste, je partage votre richesse et je fais partie de la famille. »

 

Pour mon frère handicapé, même s’il y avait une infirmière pour s’occuper de lui à temps plein, il était le héros. Je me demande si, sans sa patience infinie, mon frère aurait appris à s’exprimer autrement que par des pleurs – « je n’aime pas» - et des sourires, « j’aime ». C’est qu’il lui parlait constamment par petites phrases toutes simples. En tendant un morceau de chocolat, il a appris à mon frère à dire « oui » et « non » au bon moment. Cela ressemblait effectivement à un exercice de dressage mais il était le premier à apprendre à mon frère à s’exprimer par le recours à la parole. Mon frère avait alors dix ans. 

 

Il lui a appris également à renvoyer un ballon et à marquer des buts. Mon frère, qui ne comprend pas le but du jeu, peut suivre à la télé un match de foot juste en regardant le ballon qui passe d’un pied à l’autre et parfois dans les filets. Il sursautera alors en criant « gôôôââââl !!» comme un reporter brésilien à cette nuance près qu’il s’en fout de l’équipe qui marque.

 

Il passait parfois dans ma chambre pendant que je préparais mes examens : « C’est bien. Il faut que tu étudies. Les études t’aideront à découvrir le monde, à gagner ta vie et à devenir un meilleur homme. » Lui n'avait jamais eu cette chance.

 

***

 

« Armand, tu aurais pu vivre sans que quelqu’un s’en aperçoive. Une vie sans histoires et pourtant si riche.

 

Tu étais un homme de cœur, dévoué, patient et généreux.

 

Merci pour tout ce que tu as fait pour nous, pour notre famille. Merci pour la patience avec laquelle tu a été le professeur de mon frère. Merci de t'être occupé de notre jardin, un bel endroit où tout ce qui vit, les arbres, les fleurs, l'étang, porte ton empreinte. Je te souhaite de retrouver ton fils Edouard et ton épouse.

 

Au revoir, Armand. Mon frère, ma famille et moi, nous ne t’oublierions jamais. »

 

 

Armand, né le 19 août 1920, décédé le 23 avril 2009.

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