23.10.2009
And now for something completely different
Je pensais à ce navet "Je vais craquer" en finissant ma journée. Ce soir, juste avant de rentrer à l'hôtel, je vois cette SDF au cheveux gris couchée sous du papier journal avec une pancarte "Je pourrais être votre grand-mère". Gloups.
Ayant terminé au resto l'analyse de Krugman sur l'origine de la crise et celles qui vont suivre, je termine en pyjama dans mon lit cinq étoiles en lisant un article éditorial du International Herald Tribune intitulé "Imperialisme, Goldman Sachs style". Si je prends la plume, non, plutôt le clavier, c'est que cet article m'inspire. Il y est décrit l'analogie entre les 'ismes' de type totalitaire tels que Hannah Arendt, politologue allemande survivante du nazisme, les avaient décrits. De nos jours, il y aurait donc le "Goldmansachsisme", système de conquête du monde parfaitement protégé par le pouvoir politique.
La thèse pourrait être néomarxiste. Bien que je sois moi-même pur produit de la société ultralibérale qui tient toujours le bon discours pour se justifier puisque ses activités sont amorales - l'argent n'a ni d'odeur ni de vocation en soi - je pense que l'analyse historique est correcte: le pouvoir suit toujours les intérêts particuliers qui connaissent le succès financier.
Je ne suis plus assez éveillé à cette heure-ci pour rentrer dans la discussion. Veuillez m'en excuser. Demain j'ai à négocier un nouveau contrat qui fixe mes émoluments des trois prochaines années à venir. Un montant à sept chiffres - peu importe la devise. Je n'ai rien demandé. Pourquoi ils offrent ça? Il semblerait que cela représente une valeur de marché. Non, mais?!!
Bref. Ayant déjà légué un large pan de tout ce que je possède, avoir" est un verbe qui ne m'intéresse point. Je préfère "être". Ils ne savent pas ce qu'ils vont payer. Pas encore.
En attendant, je relis mes propres constats concernant l'origine de la crise, certains se retrouvent dans ce blog et ses ancêtres, pour conclure que le monde n'a pas vraiment compris la leçon. Nos politiciens européens discutent pour savoir jusqu'à quel point les budgets pourront dépasser la limite des 3% du PNB et jusqu'à quand. Ils ne s'intéressent plus aux vraies causes de la crise et déclarent vouloir faire payer ces "sâles" (sic) banquiers (NDA: incompétents) et à règlementer leur avidité cupide. En réalité il ne se passe rien de fondamental. La politique est trop bête pour dépasser son discours yaka.
Avant de fermer ma petite lampe de lecture, je replonge dans la biographie de Winston Spencer-Churchill. Cela fait trois semaines que je la lis. Pour la troisième fois. Par ces temps de crise, je préfère économiser et donc j'approfondis la lecture au lieu de lire de trop. Quelque chose m'empêche de lire jusqu'au point de m'endormir. Ce n'est pas Churchill, bien que je sois fan, qui mobilise mes neurones.
Je regarde autour de moi. Il fait vide dans ce cinq étoiles. J'enfile un pardessus et je sors de l'hôtel pour fumer un cigarillo. Un mini-Cohiba. Il ne me goûte pas. Personne dans la rue en apparence. Je m'assieds à côté de la SDF. Elle me regarde. Je l'interpelle: "Vous avez raison Madame: vous auriez pu être ma grand-mère. Je crois d'ailleurs qu'on se ressemble bien plus que vous ne le croyez."
Nous avons parlé. Cela faisait chaud au coeur. Je lui ai présenté une petite bouteille de whisky du mini-bar. Du Chivas. Elle a apprécié une gorgée en précisant qu'elle préfère le Glen Fiddish. Après une heure de discussion, elle m'a fait comprendre qu'il était temps d'aller dormir. "Tu ne veux pas dormir dans une chambre?". Elle n'a pas voulu. "Bonne nuit Mamie".
De retour à l'hôtel, je me pose plein de questions. La nuit sera courte.
00:39 Publié dans Divagations, Réflexion | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : crise, libéral, marx, goldman, sdf, krugman, churchill
22.07.2008
Paradox Fiscal
"Faites payer les riches!" est sans doute un des slogans par lesquels les politiciens de tendance collectiviste tiennent à s'assurer le vote de la grand masse anonyme qui ne dépasse pas la médiane des revenus d'un pays. Quand des chefs d'état prennent des décisions du style "réduction des impôts sur le revenu", bien souvent cette politique-là est qualifiée d'injuste, de "cadeau aux riches", d'anti-sociale etc.
Qu'en est-il des faits?
J'ouvre une parenthèse sur l'importance des "faits" par rapport à la notion opposée que l'on pourrait cataloguer comme "foutaises". J'ai passé les deux-tiers de ma petite vie dans une environnement plutôt anglo-saxon. Cela veut dire que l'empirisme, le trial-and-error, l'analyse des faits et l'induction comme méthode (du concret vers la règle) au lieu de la déduction (de la règle abstraite vers le concret) étaient plutôt de mise. Dans le monde latin, ce sont plutôt les opinions et les croyances qui animent le débat. L'esprit carthésien abstrait en est la composante sociétale dominante. En disant cela, je ne dis pas que l'un est meilleur que l'autre ou que l'autre est inférieur à l'un. C'est inhérent au caractère d'un peuple et chaque façon d'envisager la réalité a ses pour et ses contre, ses forces et faiblesses. L'être à l'intelligence subtile et sensible aura cette force d'écoute de l'argument avancé et pourra distiller le vrai du faux, le fait de la foutaise, la connerie de la sagesse.
Comme l'économie est une connaissance - pas nécessairement une science en toutes circonstances - qui me passionne et que la fiscalité en tant que composante de celle-ci m'interpelle, je me suis souvent posé la question de l'efficacité du tarif des impôts.
Par intuition - feeling, je me suis souvent dit que si un état impose de trop, la quote-part des impôts sur les revenus payée par les riches tendrait à diminuer dans l'absolu et en termes relatifs. Il se fait qu'une étude récente confirme cette intuition. Appelons cela "le Paradox Fiscal".
Normalement, la hausse du prix d'un bien ou service mène vers une baisse de la demande pour ce même bien et service. Mais l'observation des faits nous apprend que l'inverse se produit parfois. Ainsi un certain Monsieur Giffen avait pu observer que la hausse du prix des pommes de terre dans la pauvre Irlande du 19ième siècle résultait en une demande accrue de pommes de terre. Les économistes connaissent depuis lors l'effet Giffen: "La hausse du prix d'un bien qui résulte dans la hausse de la demande du même bien".
Certains pensent que le Président Georges W. Bush, en baissant l'impôt sur les revenus les plus élevés aux USA, a fait un cadeau aux riches. Avant de poursuivre ce billet, je précise tout de suite que je ne suis pas fan du tout de ce monsieur et qu'à bien des égards, je le trouve médiocre et indigne de sa fonction. Mais cette opinion ne peut pas être une entrave à une évaluation des faits. Ce serait injuste.
Que démontrent les faits maintenant que les chiffres des impôts payés aux USA en 2006 sont connus?
Que depuis 2003, l'année pendant laquelle Bush a introduit les réductions d'impôts, les riches aux USA n'ont jamais payé autant d'impôts depuis 40 ans!
"Euh?!", "Ce n'est pas croyable!", "Foutaises!".
Ben non. Les taxes payées par les millionaires US sont passées de 136 milliards en 2003 à 274 milliards de dollars en 2006. Les riches payaient 19% de l'ensemble des impôts sur les revenus sous le Président Carter lorsque le taux d'imposition progressif était le plus élevé alors qu'aujourd'hui, sous Georges W. Bush, ils payent 40% de l'ensemble des impôts sur les revenus.
Certains prétendaient que les "cadeaux" de Bush allaient couter un billion de dollars au Trésor US. C'est juste l'inverse qui s'est produit et le déficit US s'est réduit de 3,5% du PNB US en 2003 à 1,9% en 2006.
Pourquoi?
Tout simplement parce que la réduction de la taxe progressive a incité beaucoup plus de millionaires a déclarer des gains en capitaux, a fait que plus de dividendes ont été payées aux investisseurs particuliers, que les riches ont moins cherché à planquer leurs revenus dans des paradis fiscaux ou autres constructions de réduction d'impôts. Et donc le "revenu déclaré" multiplié par "le nombre de déclarants" a tout simplement doublé.
Je vous épargne le détail (Il est disponible sur le site www.wsj.com) mais c'est un exemple type ou les faits contredisent le discours qu'une certaine politique de gauche tend à promouvoir.
Résumons donc "le Paradox fiscal": la perception de moins d'imposition crée plus d'impôts perçus! (*)
Ce billet-ci n'a aucune vocation politique. D'ailleurs je n'aime pas la politique quand elle est l'apanage d'un système de particratie où lorsqu'on est de droite, on est nécessairement libéral et anti-social et lorsqu'on est de gauche, on est forcément social et anti-libéral.
L'anarchiste incorrigible que je suis quand il s'agit d'avoir une opinion politique, voulait tout juste démontrer qu'il faut parfois dépasser le stade du discours et s'en tenir aux faits pour éviter de prendre des foutaises pour des vérités.
(Et le premier qui ose poster un commentaire comme quoi je serais un fan de Bush et un supporter des riches, je le déclare "idiot") ;-)
(*) Je revendique la paternité de ce constat paradoxal mais comme je ne tiens pas à payer des droits d'auteurs...
23:06 Publié dans Réflexion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fiscalité, riches, impôts, bush, libéral, social


